BiblioMonde

Littérature nazie en Amérique (La)

par Roberto Bolaño

( Livre )
Christian Bourgois
Langue d'origine : espagnol (Chili)
Traduit par Robert Amutio
2003, 22 euros

ISBN : 2267016699

Dans ce « roman » constitué d’une trentaine de biographies d’écrivains et d’artistes américains, la plupart latino-américains, le lecteur est mené à travers le XXe siècle, de la Patagonie aux prisons du Sud des États-Unis, de la bourgeoise mexicaine conservatrice aux supporters de l’équipe de football d’Argentine. On trouvera ainsi, thématiquement disposées, et se chevauchant parfois, la biographie d’une famille d’admirateurs argentins d’Adolf Hitler, celle d’un prédicateur poète nord-américain, celle d’un Haïtien qui meurt en travaillant à l’œuvre posthume de ses hétéronymes, celle d’un Chilien d’origine allemande dont l’œuvre gravite autour des plans de camps de concentration, celle d’un Cubain, cryptographe, anti-castriste et pro-nazi...

Quoique fictives, les biographies de ce faux manuel de littérature sont rédigées avec un remarquable caractère de vraisemblance jusque dans les détails. Mais cette parodie grinçante s’en prend aussi à certaines réalités sud-américaines, et ne constitue pas un simple exercice de vertige littéraire.

« Roberto Bolaño a trouvé, en quelques livres à mourir de rire, aux sens propre et figuré, ce que cherchent tant d'écrivains : donner une forme jouissive et féroce à son désespoir. Cette forme ne naît pas de rien. La littérature est un hommage, une farce, un désastre, une nostalgie : qui a lu écrira. Le livre a donc plusieurs influences. Il y a d'abord la Synagogue des iconoclastes, de J. Rodolfo Wilcock (publié chez Gallimard), un ami argentin de Borges qui finit sa vie en Italie en écrivant des livres en italien. La Synagogue rassemble une série de fiches sur des personnages extravagants. Bolaño remonte le fil de sa pelote : "Ce livre est lui-même inspiré par L'histoire universelle de l'infamie de Borges. Lequel est inspiré par les Portraits réels et imaginaires d'Alfonso Reyes. Lequel est inspiré par les Vies imaginaires de Marcel Schwob." Celles-ci ont été publiées entre 1894 et 1896. Dans la préface, l'auteur écrit : "Le livre qui décrirait un homme en toutes ses anomalies serait une oeuvre d'art comme une estampe japonaise où on voit éternellement l'image d'une petite chenille aperçue une fois à une heure particulière du jour." C'est une assez bonne définition des portraits des nazis imaginaires inventés par Bolaño : "Je finis par les aimer, ces pauvres nazis. Comme ce nègre qui rêve d'être aryen. C'est tellement comique, tellement tragique. Il y a quelques années, j'ai lu un livre qui expliquait sérieusement que des Indiens Araucans descendaient des Grecs antiques...

J'invente, et je n'invente rien." Bolaño aime Schwob : son humour, son élégance désespérée, son extrême curiosité. "Un jour, explique-t-il, Jules Renard et lui décident d'aller voir Verlaine, sorte de vagabond en phase terminale. Nul ne sait où il erre, sauf Schwob, qui le trouve immédiatement. Il fréquente les salons, il sait où vivent les clochards." Bolaño également. » (extrait d'un article de Philippe Lançon, Libération, 26 juin 2003)

Dans BiblioMonde

Notre dossier sur le Chili

____________________________________________

Si vous commandez ce livre à partir de cette page, BiblioMonde touchera une commission et vous participerez ainsi au financement du site.


 
© BiblioMonde.com