BiblioMonde

Lusiades (Les)

par Luís de Camões

( Livre )
Robert Laffont
Collection Bouquins
Langue d'origine : portugais
Traduit par Roger Bismut
1996, 571 p., 22.91 euros

ISBN : 2221082435 - édition bilingue

Le grand poème épique de Camões, véritable monument national de la littérature portugaise

Il a été écrit entre Goa et le Mozambique, mis en forme durant l'été 1569 que Camões passa au Mozambique et publié à Lisbonne en 1572. Cette épopée en vers, inspirée de L'Odyssée d'Homère et surtout de L'Énéide de Virgile, comporte 10 chants. Elle relate l'expédition de Vasco de Gama conduite en 1497, mais surtout érrige le peuple portugais en vérible héros, d'où l'exploitation qui a été faite au Portugal de cette œuvre de la littérature universelle.

« Le sujet des Lusiades, traité par un esprit aussi vif que le Camões, ne pouvait que produire une nouvelle espèce d'épopée. Le fond de son poème n'est ni une guerre, ni une querelle de héros, ni le monde en armes pour une femme; c'est un nouveau pays découvert à l'aide de la navigation (...). Cela est grand en tout pays sans doute" (Voltaire, Essai sur la poésie épique). On a appelé Les Lusiades le "trésor du lusitanien", et, de fait, le poème porte des valeurs ancrées dans le conscient et l'inconscient collectifs des Portugais, que l'assentiment général des étrangers a confirmés dans leur vénération. Aucun poème épique moderne n'a joué le même rôle national. Il en est peu - voire aucun - qui soient poétiquement aussi réussis que Les Lusiades. En France, on aurait perdu une première traduction à l'état de manuscrit. La première imprimée fut celle de Duperron de Castéra (1735). Il y en eut, depuis, une douzaine, en prose ou en vers. Celle de Jean-Baptiste Millié (1825) fut la plus rééditée. Nous avons choisi la plus fidèle, celle de Roger Bismut (1954), très affinée d'édition en édition, jusqu'à la quatrième, que la présente reproduit. Cette édition du poème, en version bilingue, vient trouver sa juste place dans la collection Bouquins. Ce sommet littéraire d'une langue que parlent aujourd'hui deux cents millions d'hommes est enfin accessible au grand public, ainsi qu'aux lusitanistes avertis. M. Eduardo Lourenço, prix européen Charles Veillon, et M. de Pina Martins, le plus grand spécialiste portugais de l'humanisme et de la Renaissance, président de l'Académie portugaise, ont rédigé respectivement une Préface et une Présentation qui éclairent le poème et le resituent dans la tradition épique du XVIe siècle. » (Luisa Braz de Oliveira pour la quatrième de couverture)

« Camões exprime l'admiration populaire pour les navigateurs, mais il a des accents prémonitoires, d'abord quand il s'étonne de l'immensité des conquêtes face aux petits moyens du Portugal et à un royaume déjà sur son déclin. Il donne la parole à un vieillard, sage ou stratège, qui maudit le premier homme à avoir mis à l'eau une embarcation et objecte qu'au lieu d'aller propager la foi chrétienne et fonder un empire au loin, on ferait mieux de s'en tenir à combattre les Maures.
Parmi les épopées, Les Lusiades ont une originalité forte : l'auteur a l'ambition du poète avant tout; il mélange sa propre vie de malchanceux génial avec les aventures du pays ; au chant de la foi et de l'empire s'ajoute le chant d'amour. Vasco de Gama raconte au roi de Mélinde l'histoire du Portugal, marin déguisé en récitant.

Camões veut bien imiter Homère et Virgile, mais il leur en remontrera tant les exploits lusitaniens, exploits véridiques et non fabuleux comme ceux de Rodomont ou de Roland, sont prodigieux. L'épopée doit dépasser les chefs-d'œuvre des anciens. Camões réutilise la mythologie païenne, mais c'est pour renvoyer ensuite les dieux à leur univers rhétorique. La signification nationale donnée au poème est un exemple de récupération idéologique de la littérature, lorsque le sentiment patriotique est la valeur ajoutée. La France n'a pas eu à "nationaliser" La Franciade de Ronsard, parue la même année que Les Lusiades, et Francus ne sera pas métamorphosé en héros. » (extrait d'un article de Lucien Guissard, La Croix, 22 juillet 1996)

« Cet épisode glorieux des découvertes est pris ici comme un symbole, une image de l'histoire nationale et de son mythe. Il est aussi la figuration de l'universalité catholique, telle que la Contre-Réforme la concevait, telle que le Portugal s'en voulait le héraut. Le Navigateur, comme Christophe Colomb qui "porte le Christ" au-delà des mers, n'est que le porte-voix de sa nation, elle-même investie d'une mission qui dépasse sa seule gloire politique.
   
Le véritable héros de l'épopée n'est donc ni Vasco de Gama, spectateur et récitant de sa propre geste, ni Camoens qui la chante, mais le peuple, l'homme portugais, dont est peinte ici la première figure moderne : croisement entre la puissance et la gloire, d'une part, et la faiblesse attristée, d'autre part, entre la conquête et sa vanité, entre les promesses du départ et la mélancolie de tout retour : « Ô gloire de commander ! Ô vaine convoitise de cette vanité qu'on appelle Renommée ! Désir trompeur, attisé par ce qu'on nomme gloire et qui n'est que du vent ! (...) Dure inquiétude de l'âme et de la vie, source d'abandons et d'adultères, fléau infaillible et réputé de biens, de royaumes et d'empires ! » (chant IV). » (extrait d'un article de Patrick Kéchichian, Le Monde, 8 Juin 1996)



Titre original : Os Lusíadas. Traduction, introduction et notes de Roger Bismut, préface d'Eduardo Lourenço, présentation de José V. de Fina Martins.

Roger Bismut est l'universitaire français qui a rendu le plus de services à l'étude et à la diffusion de cette oeuvre. Sa traduction, plusieurs fois révisée, les notes abondantes dont il l'a assortie, souvent sur des points difficiles d'histoire, de philologie et d'interprétation, procurent à qui voudra un ouvrage de référence.

« Le personnage de Vasco de Gama et son voyage sont les moteurs d'un récit plus vaste : l'histoire d'une nation et d'une épopée vécue, celle des grandes explorations portugaises, du premier voyage à Madère, en 1419, aux voies orientales de la première moitié du XVIe siècle. L'Orient demeure le but, la réalité tragique, et parfois merveilleuse, des Portugais. Le titre même du poème est étymologiquement lié à la Lusitanie, territoire conquis par les Romains au IIe siècle avant J.-C., et devenu, mille ans plus tard, le royaume de Portugal. Dès les premiers vers, Camões demande aux nymphes du Tage d'inspirer son chant d'amour à son « heureuse et chère patrie ». Tout au long du voyage de Gama et des divers récits qui le nourrissent alternent scènes mythologiques et historiques, afin de souligner que les Portugais n'ont rien à envier aux Grecs et aux Romains : Camões place ainsi la culture humaniste aux côtés des conquêtes et des découvertes portugaises. »

 
© BiblioMonde.com