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Lust

par Elfriede Jelinek

( Livre )
Points
Collection Littérature
Langue d'origine : allemand (Autriche)
Traduit par Yasmin Hoffmann et Maryvonne Litaize
1995, 300 p., 5.95 euros
Première édition : Jacqueline Chambon - 1991
ISBN : 2020146150

« Ce premier roman pornographique au féminin, selon son auteur, a scandalisé et passionné l'Allemagne. Le patron d'une usine de papier, acculé par la peur du sida, se retourne vers son épouse pour en user comme il le faisait auparavant avec les prostituées. Dans la confortable villa d'un couple des scènes d'une rare obscénité et d'une violence hallucinée se succèdent jusque sous les yeux de l'enfant. Et quand la femme désespérée prend un amant plus jeune s'est pour trouver un nouveau bourreau. Le drame affreux sur lequel s'achève le livre appartient, chez Jelinek, comme toujours à un fait divers. Une fois encore, elle règle son compte à l'Autriche profonde, à la quiétude du foyer, à la respectabilité bourgeoise et à la soi-disant libération sexuelle. D'une originalité totale, de conception et de style, Lust que l'on peut traduire par envie, plaisir, désir, luxure, volupté a scandalisé et passionné l'Allemagne.» (présentation de l'éditeur)

Ce roman, paru en 1989, fut un succès commercial en Allemagne (plus de 150 000 exemplaires), mais fut presque unanimement éreinté par la critique allemande et autrichienne.

« Dommage que l’accueil de Lust ne soit pas allé dans la bonne direction. Les journaux titraient : "Un porno raté, écrit par une femme". D’abord, je voulais effectivement écrire un porno, mais je me suis rendu compte qu’une telle entreprise m’était impossible. C’est l’homme qui fait de la pornographie; la femme est tout au plus l’objet muet du regard masculin. C’était la même chose pour La pianiste : l’objet regardé devient le sujet qui regarde à son tour. Mais je reviens au succès. Je crois comprendre que les lecteurs savent clairement que mon écriture est profondément marquée par la passion d’écrire. La langue devient un facteur de sublimation, elle élimine le sujet du livre, elle le remplace.

Je suis sans doute une moraliste cachée. Ainsi, Lust est une forte critique sociale, un exemple démontrant les mécanismes de l’esclavagisme moderne. Voyez-vous, ce qui importe chez Sade, pour ne prendre que cette référence, ce ne sont pas les scènes érotico-sexuelles; ce qui est inouï, c’est le tableau moraliste de cette société, dans laquelle les aristocrates, les évêques, les avocats jettent le peuple comme autant de morceaux de viande sur un comptoir, le déchirant et s’en débarrassant après. Oui, je crois que je suis une moraliste. » (Elfriede Jelinek, deux extraits d'un entretien pour la revue Nuits Blanches)

« La lecture du livre est une véritable course d'endurance, version cross par temps de pluie. S'il y a plaisir, comme le suggère une facette du mot " lust ", que les traductrices ont eu la bonne fidée de laisser tel quel, il n'est pas forcément dans le camp du lecteur, soumis à une avalanche de phrases débridées et de mots plus ou moins incongrus pour désigner les différentes parties du corps qui se livrent ici un formidable combat où la chair est dépecée en viande et la langue en bouillie. Car c'est bien là, et pas dans le sujet, qu'il faut chercher l'originalité du livre d'Elfriede Jelinek, qui bafoue et maltraite la langue comme la pornographie le fait avec le corps des femmes. La pornographie est une invention masculine. Les femmes ne sont que les victimes, plus ou moins gourdes, mais victimes quand même. (…) Tant de détermination dans la satire, tant de jubilation dans l'exagération font évidemment forte impression, mais on est fondé à se demander si l'inéluctable viol de la femme dans la relation sexuelle (gardons-nous de l'adjectif "amoureux") n'est pas prétexte à un pandémonium servant à des fins esthético-littéraires. » (extrait d'un article de Pierre Deshusses, Le Monde, 2 mars 1996)

Ce livre paru à Vienne en 1990, a été traduit en français en 1991 et publié par Jacqueline Chambon.

 
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