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Maison de l'araignée (La)

par Paul Bowles

( Livre )
Livre de poche (Le)
Langue d'origine : anglais (États-Unis)
1995, 474 p., 7.32 euros
Première édition : 1993
ISBN : 2253138797

Un roman qui évoque la naissance de la conscience nationale au Maroc favorisé par l'Istiqlal (le mouvement indépendantiste), à Fès, en 1954.

« Le projet (…) du roman (…) consiste à décrire, de deux points de vue simultanément, en se glissant à la fois dans la peau d'un jeune Marocain, Amar, et dans celle d'un écrivain américain, Stenham, mais avec la plus grande impassibilité possible, les événements qui secouèrent la ville de Fès, au Maroc, lors de l'insurrection contre les Français en 1954. 1954 ? Nous sommes à l'époque où, pour renforcer son pouvoir sur le pays, le gouvernement français vient de favoriser l'éviction du sultan Mohamed V et de lui substituer un souverain sans consistance, Mohamed Ben Arafa. Une mesure qui s'avérera particulièrement malhabile puisque le sultan déchu, exilé en Corse, verra son influence grandir auprès des nationalistes et que, revenu dans son pays, il obtiendra, deux ans plus tard, la reconnaissance de l'indépendance marocaine. Mais Bowles n'envisage pas les événements aussi loin. Au contraire. Au début de son livre, Amar est, lui aussi, un personnage "à l'état pur", si l'on peut dire, un jeune Marocain à l'écart des préoccupations politiques. "Dans sa vie quotidienne, le remplacement de Sidi Mohamed par Ben Arafa n'avait rien changé", note Paul Bowles. Or c'est à partir de cette innocence initiale, point de départ idéal pour un romancier, que Bowles va construire son récit, décrivant notamment le lent éveil d'une conscience politique et la rencontre d'un jeune musulman de famille traditionnelle avec le monde extérieur. Le monde extérieur, c'est d'abord l'Istiqlal, le mouvement nationaliste marocain; c'est aussi Stenham et, plus tard, Lee, une jeune Américaine qui, dans la seconde moitié du livre, vient poser sur les événements un troisième regard, celui d'une touriste émancipée et modernisatrice. Les relations au sein du trio Amar-Stenham-Lee, les incompréhensions ou les malentendus, la réflexion sur les modes de pensée et les cultures, les rapports entre hommes et femmes, le fait colonial, et surtout les façons divergentes de considérer l'existence, sont au coeur du roman. Une société en désagrégation Amar pense, par exemple, que Lee "ne comprend rien à la vie" parce qu'"elle voudrait acquérir une puissance, agir en ce monde. Elle croit que c'est possible parce qu'elle ne s'est jamais soumise". Or "être heureux", n'est-ce pas "cesser de se débattre", "admettre sonimpuissance" ? Et le mot même d'islam ne signifie-t-il pas "soumission"... ? Dans les dernières pages, les désaccords philosophiques entre l'Occident et le monde arabe éclatent violemment. À la question "Pourquoi sommes-nous au monde ?", Amar a cette réponse cinglante : "C'est pour perdre la nuit en parlotes, pendant que des hommes en chair et en os se font massacrer." Jamais de longues analyses chez Bowles. Comme d'habitude, le romancier laisse place aux dialogues bruts, aux descriptions distanciées, et s'efface tout entier derrière ses personnages. Froideur ou volonté de restituer intact le mystère des êtres et des choses ? Dans un monde où tout vacille, où un Maroc "quasi médiéval" se heurte à la civilisation européenne, Bowles note au plus juste : les bombes de l'Istiqlal, les émeutes, les assassinats... Il peint la mort d'une société traditionnelle, sa désagrégation. » (extrait d'un article de Florence Noiville, Le Monde, 24 Septembre 1993)

Ce troisième roman de Paul Bowles a été écrit à Tanger et à Ceylan dans les années 1950 et publié à New York en 1955 sous le titre The spider's house

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