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Mandarins et subalternes au nord du Viêt Nam

par Emmanuel Poisson

( Livre )
Maisonneuve et Larose
Collection Monde asiatique
2004, 355 p., 34 euros

ISBN : 2706817100

Une bureaucratie à l'épreuve (1820-1918) (sous-titre)

Une étude de l’administration mandarinale au Nord Vietnam à la charnière de l’époque coloniale et de l’indépendance. L’auteur propose une analyse sociologique de cette bureaucratie et de ses pratiques administratives.

« Qu’est, en effet, devenue la bureaucratie impériale, une fois confrontée à la nouvelle problématique historique instaurée par la colonisation ? On n’évoquera ici que quelques-unes des réponses qu’apporte Emmanuel Poisson à cette interrogation. La première est la constante vitalité du fait bureaucratique d’un régime à l’autre, sa continuité dynamique. Car bureaucratie asiatique ne signifie pas tout uniment lourdeur, pesante pression sur le social. Elle n’a rien ou
peu à voir avec la bureaucratie des tsars, avec le petit monde des revizors cher à Gogol, si souvent dénoncé par l’intelligentsia russe du XIXe siècle. Au Viêt Nam, l’appareil administratif impérial était relativement léger (même s’il y était plus dense qu’en Chine), il le reste sous la domination française, du moins jusqu’aux années 1920. Les filières de son recrutement, le passage obligé par la "forge des talents" que constituaient les écoles classiques si vivantes et si réputées, même celles de certains villages, et dont les maîtres inculquaient d’ineffaçables schèmes de raisonnement à leurs élèves, demeurent inchangés jusqu'à la suppression des concours régionaux en 1918. En conséquence, comme leurs devanciers, les mandarins du protectorat tonkinois sont pour plus des deux tiers d’entre eux des lauréats des redoutables épreuves de ces concours, lesquels étaient loin d’être aussi coupés des réalités qu’on l’a dit.

L’ouvrage met également en lumière la continuité des stratégies personnelles et lignagères dans l’engagement et la conduite des carrières mandarinales, ainsi que la puissance des réseaux de clientèle intra-bureaucratiques. Il en résulte que l’image du vulgaire interprète ou du gratte-papier promus grands mandarins pour prix de leur servilité à l’égard du dominateur étranger, complaisamment répandue par nombre de publicistes coloniaux comme par la plupart des auteurs anticolonialistes, est assez trompeuse. Dans le mandarinat du début du xxe siècle, les auxiliaires zélés de conquête française, les professionnels de la répression, sont en fait nettement minoritaires. Les carrières classiques y sont prédominantes. Ne serait-ce qu’en raison de son expérience, de son "savoir de service", selon la pertinente formule que l’auteur reprend à Max Weber, la haute bureaucratie fut l’incontournable partenaire du Protectorat. » (extrait de la préface de Daniel Hémery)

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Sur la même période : Vietnam, domination coloniale et résistance nationale (1858-1914)


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