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Manuel de judéo-espagnol, langue et culture

par Marie-Christine Varol-Bornes

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES
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Le judéo-espagnol est très proche de la langue espagnole parlée au XVe siècle, mais a été influencé par des emprunts à l'hébreu, puis par les langues avec lesquels il s'est trouvé en contact après le départ des juifs, chassés d’Espagne en 1492 (le turc, le roumain, le bulgare, le serbe, le grec). Il était parlé par une partie de la communauté juive de l’empire ottoman et au Maroc. Il se comprend différents dialectes : le djudezmo, la variété orientale la plus courante, mais aussi, le djudyo, l’espanyol ou l’espanyoliko. Il existe aussi des variétés occidentales : le tetauni en Oranie et le haketiya dans le nord du Maroc. Le massacre d’une bonne partie des juifs des Balkans et l’exode de ceux d’Orient a provoqué un grand affaiblissement de cette langue après 1945.

À partir de cette langue, a été créé le ladino, langue résultant de la traduction littérale (mot à mot) en espagnol, à partir du XIIIe siècle, des textes hébreux bibliques et liturgiques. Certains textes en djudezmo peuvent être émaillé de ladinismes.

Cette langue a été particulièrement étudiée par le linguiste Haïm Vidal Sephiha

« En 1492 donc, lors de leur expulsion d'Espagne, les Juifs emportèrent ce que le linguiste B. Pottier appelle les variétés de l'espagnol communes aux tenants des trois religions d'alors : le léonais, l'aragonais et surtout le castillan (la langue de la Cour). C'est là le substrat de ce qui allait devenir vers 1620 le judéo-espagnol vernaculaire, ou espanyol tout court, djudezmo, djudyo, djidyo (pour Edgard Morin), spanyolith (spanyolisch pour notre prix Nobel Elias Canetti) ou encore espanyoliko au Moyen-Orient, haketiya dans le Maroc septentrional, tetuani en Oranie, tous ces termes désignant le judéo-espagnol vernaculaire qui bien sur évoluera à son tour. Nous disons bien vers 1620, car ce n'est que petit à petit que les voyageurs espagnols péninsulaires ne reconnurent plus l'ancêtre de leur langue dans l'espagnol des descendants de leurs expulses et l'attribuèrent à la judéité de ceux-ci. De même, les Turcs musulmans ne connaissant l'espagnol que par la minorité juive l'appelèrent yahudije (en turc, "juif" se dit yahudice). Ainsi, par un contresens de l'histoire, leur langue devint leur identificateur. Djudyo (juif) désigna à la fois la langue (pour nous le judéo-espagnol vernaculaire) et le locuteur judéo-espagnol (le Judéo- Espagnol), tout comme ce fut le cas pour le yidiche (all. Jüdisch, juif) et les Achkénazes. Par un semblable contresens on aurait probablement attribué une langue judéo-française aux Français du Canada s'ils avaient été juifs ! C'est absurde et pourtant le glossonyme de judéo-espagnol s'imposa.

Langue de fusion, le judéo-espagnol est essentiellement du castillan du XVe siècle, teinté de régionalismes et d'arabismes hispaniques et, à partir de 1492, d'arabismes marocains, de turquismes, d'italianismes, de grécismes, de slavismes, etc. recueillis dans les pays-hôtes. Plus tard, avec la création en 1860 des écoles de l'Alliance Israélite Universelle, la langue sera prise d'une gallomanie galopante, au point qu'en naîtra un nouvel état de langue que nous appellerons judéo-fragnol. » (extrait d’un article de Moïse Rahmani, Sefarad.org)

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