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Le Maroc en transtion

par Pierre Vermeren

( Livre )
La Découverte
Collection Cahiers libres
mai 2001, 252 p., 18.29 euros

ISBN : 2707134538

Une des premières tentatives d’analyse du Maroc de Mohammed VI.

« Ce livre vise à réparer un oubli éditorial sur un pays captivant. À réparer cet oubli suppose, au-delà des clichés et des représentations qui ont la vie dure, de prendre en compte le Maroc dans toute sa complexité. C'est ce que réussit Pierre Vermeren dans ce livre, à la fois vivant et accessible à tous, et remarquablement bien informé. Ce pays en développement vit depuis quelques années une double transition politique, marquée par l'arrivée de l'opposition historique au pouvoir en 1998, et par la succession dynastique qui a porté Mohammed VI sur le trône en 1999. Cette transition politique qui attire les regards de la presse internationale risque pourtant de masquer les évolutions en profondeur de la société marocaine, soumise aux vents de la mondialisation et d'une rapide évolution des mœurs et des pratiques sociales. Le Maroc, terre maghrébine, est un carrefour d'histoire et d'influences, qui se chevauchent à un rythme accéléré depuis le début du XXe siècle. Pays montagnard des bords de la Méditerranée aux frontières de l'Empire ottoman en 1900, le Maroc est devenu au cours du XXe siècle une terre qui tourne ses regards vers le Nord et l'Atlantique. Il reçoit de cette confrontation des influences multiples qui l'ont transformé en profondeur. C'est dire que le "pays aux mille contrastes", vanté par les prospectus touristiques, mérite mieux que des photos sur papier glacé. C'est à une découverte de sa vie politique renouvelée, de sa société en mutation et de son économie ouverte que le lecteur est ici convié. » (la présentation de l'éditeur)

« Pierre Vermeren veut reconstituer le puzzle d'un "pays bien plus complexe qu'on veut le voir en Europe".Il y parvient en fournissant les clés indispensables au décryptage d'une actualité plus nourrie, aussi en contradictions, depuis que Mohammed VI a accédé au trône. L'auteur n'impose aucun parti pris. S'il laisse vivre les espoirs qu'a suscités l'avènement du "jeune roi" chez les Marocains, dont les trois quarts sont nés après l'indépendance en 1956, il n'exclut pas non plus une restauration autoritaire du pouvoir royal "sous les traits de la légitimité historique et du masque démocratique". De son côté, constitutionnaliste spécialisé sur le Maghreb, Bernard Cubertafond décortique l'actuelle "démocratie royale, c'est-à-dire subjuguée par le roi". Il espère, lui aussi, la fin d'un pouvoir "cruel et punisseur", mais rappelle la "diffusion mimétique" de la culture autoritaire traditionnelle : "briser après avoir été brisé ; soumettre après avoir été soumis". Avec pertinence, il analyse les institutions d'un pays qui vit au futur antérieur, parce que le présent y est en même temps "un passé revécu et un futur anticipé". » (extrait d'un article de stephen Smith, 30 août 2001).

« n Même s’il se trouve à la croisée des chemins en ce début de millénaire, le Maroc n’est peut-être pas dans une posture aussi délicate. D’après Pierre Vermeren, l’économie informelle, dont ne tiennent pas compte les organismes de statistiques marocains et les organisations internationales, pourrait représenter 10 à 30 % du PIB local. Et de citer l’exemple du Rif très actif et pourtant tenu pendant près de trente ans à l’écart de l’investissement public et dont les indicateurs économiques officiels sont désastreux. Cet optimisme de l’auteur ne doit pas leurrer toutefois le lecteur. À l’instar de tous les pays du Sud, le Maroc est confronté à une fuite de cerveaux vers les États du Nord. Or, on sait que le développement économique d’une région dépend aussi de ses élites. En cela, le constat dressé par Pierre Vermeren est inquiétant. Durant les années 1991-1998, la seule ville de Montréal a accueilli 3820 Marocains qualifiés et le Québec a prévu de tripler le rythme des arrivées d’une "immigration francophone hautement qualifiée" dans le cadre d’un plan triennal 2001-2003. À Rabat ou Casablanca, des conseillers et cabinets d’avocats vendent leurs services pour l’équivalent de 10 000 francs afin de faciliter l’émigration des cadres. Si l’on ajoute le fait que les États-Unis ont décidé d’accueillir cent-quatre-vingt mille cadres étrangers formés aux nouvelles technologies pour la période 2001-2003 et que l’Allemagne garantit trois cent mille cartes de résidents aux étrangers qualifiés pendant la période 2001-2004, l’appel d’air est considérable. Quid alors du devenir marocain ? D’après Pierre Vermeren, "l’alternance politique voulue par un Hassan II en fin de règne, puis celle du trône en 1999, ont libéré des forces contenues durant des décennies". Arguons cependant que le Maroc nouveau n’est pas encore construit. La résolution de quantités de problèmes locaux (enseignement sinistré, tentation de l’exil, pauvreté croissante, menace islamiste permanente, etc.) en fait un territoire en transition. Pierre Vermeren juge d’ailleurs que "la perspective d’un Maghreb enfin réuni et arrimé à l’Union européenne donne des ailes aux particularismes régionaux et linguistiques", un processus qui signifiera "à terme une remise en cause radicale du nationalisme étatique au Maroc comme dans les autres pays de la région". Faut-il s’en réjouir ou craindre les effets de la montée des régionalismes ? D’après Pierre Vermeren, ces évolutions seront encouragées par une Europe soucieuse de régionalisme et par des États-Unis qui veulent une solidarité au Maghreb. » (extrait d’un article de Géopolitique africaine, 2001)

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