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Mazagão, la ville qui traversa l'Atlantique : Du Maroc à l'Amazonie (1769-1783)

par Laurent Vidal

( Livre )
Aubier
2005, 314 p., 22.5 euros

Collection : Historique - ISBN : 2700723600

La citadelle de Mazagão (Mazagan, en français - El Jedida, en arabe), sur la côte marocaine, fut fondée au début du XVIe siècle par la Couronne portugaise dans le cadre de la reconquête des terres infidèles. Suite à la découverte de l'Amazonie, Mazagão est laissée à l'abandon et les Maures multiplient les attaques. À la demande des habitants, le Portugal entreprend de déplacer la ville et sa population en Amazonie en 1769.

« Des navires portugais emportent les habitants de Mazagão, les objets du culte et les livres de l’administration. Le déménagement fait une escale de six mois à Lisbonne avant de reprendre la mer en direction de Belem, sur le fleuve Amazone. À Belem, nouvelle escale de plusieurs années : des vieillards meurent, des enfants naissent. Les survivants sont fatigués. Ils fondent Nova Mazagão, dans l’embouchure du grand fleuve, et le projet se défait dans les torpeurs du Tropique. Pourtant, aujourd’hui encore, chaque année, au Brésil, les descendants des "Mazaganistes" célèbrent "les luttes de leurs ancêtres chrétiens contre les Maures". » (France Culture)

« De par son passé de bastion en terres infidèles, la population de Mazagão se vit comme une communauté à forte identité collective, dirait-on aujourd'hui. Cependant, les clivages sont nombreux qui partagent soldats et chevaliers plus ou moins nobles, artisans préposés à l'intendance, femmes et enfants des uns et des autres, moines et religieux chargés du salut des âmes et de la droiture des corps... La monarchie entend tous les transformer en colons de cette nouvelle frontière qu'est devenue pour le Portugal l'embouchure du fleuve amazonien, de l'autre côté de l'Atlantique. L'attente à Lisbonne ne dure que trois mois, mais Mazagão se délite, et nombreux sont ceux qui vivent comme un piège la terre promise. Les fuites se multiplient. Le départ pour Belèm au Brésil - où commence l'attente bien plus longue et incertaine que s'achève la construction de la nouvelle Mazagão - n'arrange pas vraiment les choses, puisque aux égards initiaux succèdent une sévérité voire une méchanceté croissantes de l'administration, qui débouchera plus tard sur un désintérêt définitif. Aussi, le désert vert peut-il se montrer à l'usage bien plus inhospitalier que le désert de sable. Vidal étudie ces trois Mazagão qui se superposent et qui se minent réciproquement : la ville du souvenir, la ville vécue, et la ville qui se prépare. Entre la cité-projet du pouvoir et la cité-transit des migrants, la rencontre est d'abord problématique puis impossible. » (extrait d’un article de Jean-Baptiste Marongiu, Libération, 8 septembre 2005)

« À tel point qu’au milieu du XIXe siècle, Nova Mazagao perd son rang de cité avant d’être transférée à Mazagaopolis officiellement fondée en 1915. Quelques irréductibles demeurent à Mazagao Velho où l’on continue à célébrer, au début du XXI° siècle, lors de la Sao Tiago (Saint Jacques) les combats entre les aïeux des habitants et les Maures. Quant à la cité mère, devenue El Jedida, elle a été inscrite au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco comme symbolisant la rencontre entre l’Europe et l’Islam. Et elle attire chaque année, tout comme sa voisine Essaouira, des milliers de touristes. Rares sont ceux à savoir que, pour parfaire leur connaissance du passé de cette cité, il leur faudrait traverser l’Océan. Grâce au livre de Laurent Vidal, ils y sont fortement invités. » (extrait d’un article de Patrick Girard, Marianne, 22 août 2005)

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Un autre épisode fameux de la présence portugaise au Maroc :

Fables de la mémoire. La glorieuse bataille des trois Rois : La mémoire de la bataille d'Elksa el-Kebir de (Wâd al-Makhâzin, pour les Arabes et d'Alcàcer-Quibir, pour les Portugais) dite aussi bataille des trois Rois (1578)

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