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Modernité viennoise et crises de l'identité

par Jacques Le Rider

( Livre )
PUF
Collection Quadrige
mars 2000, 456 p., 14.94 euros
Première édition : Perspectives critiques chez PUF - 1990
ISBN : 213050602X

Dans ce qui est devenu un ouvrage de référence, Jacques Le Rider démontre que le mythe de Vienne, la capitale pluriethnique, métropole novatrice sur le plan artistique et littéraire, a été largement créé a posteriori. La " modernité viennoise " se caractérise avant tout comme une souffrance des différents acteurs à l'origine du rayonnement de la capitale autrichienne.

« De la fin du XIXe siècle à l'Anschluss de 1938, Vienne fut la capitale d'un des plus grands empires européens, une métropole de la modernité, à la fois à l'avant-garde de l'Europe occidentale et creuset des peuples d'Europe centrale. Grâce à cette interculturalité productive, Vienne fut un terrain fertile en génies dans tous les domaines : littérature (de Hofmannsthal à Schnitzler, à Karl Kraus et à Musil); arts plastiques (de Klimt aux expressionnistes Schiele et Kokoschka) ; musique (de Gustav Mahler à Arnold Schönberg); sciences (de la psychanalyse freudienne à Wittgenstein). Mais Vienne, dès cette époque, a préfiguré les principales pathologies du XXe siècle : l'antiféminisme, l'exacerbation des nationalismes, l'antisémitisme (auquel répond le sionisme politique de Theodor Herzl), la peur et la haine de la modernisation, le militarisme. C'est ce double visage de Vienne, entre la Belle Époque, la Grande Guerre et les années 1920, que j'ai représenté dans cette fresque d'histoire culturelle. » (Jacques Le Rider, à propos de son livre)

« Sa thèse centrale est que, en rompant avec la conception rationnelle de l'homme sur laquelle reposait la pensée libérale et en mettant en avant ce que Carl E. Schorske dans Vienne fin de siècle appelle le "sujet psychologique", les artistes et les intellectuels de la capitale autrichienne ont traversé une douloureuse et profonde "crise d'identité" liée à l'instabilité et à la fragilité de ce "moi" subjectif désormais privé de son fondement rationnel; et cette crise, cause de "l'état d'inquiétude permanent de la modernité" apparaît elle-même comme la résultante de trois crises : de l'identité individuelle, de l'identité masuculine et de l'identité juive. » (extrait d'un article de Thomas Ferenczi, Le Monde, avril 1990)

Selon Jacques Le Rider, cette crise d'identité préfigure le désenchantement de la post-modernité. La souffrance qui caractérise la modernité viennoise a pour origine « l'épuisement des idéaux de 1848, le blocage du système austro-hongrois qui a conduit à la suspension de la vie politique, un équilibre interethnique précaire, bien éloigné de l'harmonie qu'on décrit parfois. Si "moment viennois" il y a, celui-ci se ramasse dans la quête pathologique, "nerveuse", disait-on à l'époque, d'une individualité fuyante, au sol de plus en plus incertain dont l'autobiographie ou l'autofiction, si en vogue aujourd'hui, constiturait déjà la forme par excellence. » (extrait d'un article de Nicolas Weil, Le Monde des poches, 7 avril 2000).

« Pourquoi, depuis deux décennies, les Viennois du début de ce siècle, Hofmannsthal, Musil, Kraus, Schnitzler, Freud, Wittgenstein, et quelques autres, sont-ils devenus les plus proches et les plus actuels de nos contemporains ?
Ces individualistes n'ont pas prêché la révolution, ni formé des avant-gardes agressives; ils ont soumis au doute radical les " idées modernes ", le Progrès, la Raison et son Sujet, les promesses d'émancipation du genre humain. En ce sens, leur modernité sans illusion a préfiguré quelques thèmes de notre postmodernité. En particulier, ils ont pensé et représenté avec une force inouïe la crise de l'identité du sujet. » (extrait du site de la revue Ombre blanche)

« Dans la modernité, les individus deviennent des "systèmes autopoiétiques" en remaniement continu qui procèdent sans relâche à la réorganisation sélective du désordre du monde et de leur propre vie. Les intellectuels et les artistes viennois ont dressé le constat de la crise des vieilles certitudes concernant la différence masculin/féminin et juif/non-juif. Le deuxième tiers du XXe siècle, à l'âge du fascisme et du nazisme, a passionnément reconstruit ces identités perdues, pour assujettir "la femme" et pour anéantir "le juif". Notre culture "postmoderne" s'est retrouvée dans une situation proche de celle qui avait caractérisé la modernité viennoise. À nouveau, l'identité individuelle a semblé indéterminée au moment même où, aux marges du monde occidental, dans ses plis et dans ses fissures, triomphait l'affirmation des identités culturelles. Cette Vienne début de siècle dominée par Hofmannsthal et Musil, par Herzl et son antithèse Weininger, par Mahler et Schiele, par Freud et Wittgenstein, n'en finit pas de nous captiver. » (Jacques Le Rider, quatrième de couverture)

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