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Mort de Carlos Gardel (La)

par António Lobo Antunes

( Livre )
10/18
Collection Domaine étranger
Langue d'origine : portugais
Traduit par Geneviève Leibrich
1998, 416 p., N�2992, 7.8 euros
Première édition : Christian Bourgois - 1995
ISBN : 2264025964

« Un adolescent meurt, victime d'une overdose. À son chevet d'hôpital, lors de son agonie, se succèdent son père, sa mère, depuis longtemps séparés, sa tante, le médecin et les infirmières. Depuis son coma, Nuno les observe s'agiter autour de lui. Des souvenirs heureux, et symboliques, traversent son délire, comme lorsque son père l'emmenait faire de la balançoire (...) Comme souvent chez l'auteur, l'histoire dans La mort de Carlos Gardel est racontée tour à tour par chacun des protagonistes, auxquels s'ajoutent d'autres membres de la famille, parents plus éloignés ou domestiques. Tous les récits gravitent autour du grabat du junkie, comme autant de faces kaléidoscopiques d'un même événement. » (Antoine de Gaudemar, Libération)

« La mort de Carlos Gardel, roman qui exprime le mieux la singularité de Lobo Antunes. Comme presque tous ses romans, celui-là est écrit sous forme de monologues intérieurs. L'histoire commence dans le stationnement d'un hôpital où on a conduit un adolescent victime d'une overdose. À son chevet, la tante médecin célibataire lesbienne, le père demeuré loin de son fils et de tout, et la mère, dont la vie est mal refaite, mais moins défaite que celle du père. Ils sont autour de lui et se souviennent. Ils ont des vies impossibles à résumer, mais qui tiennent dans des pages magnifiques, qui font frissonner tellement l'écriture est juste. Un livre implacable et tendre qui nous fait entendre combien souvent l'amour est au-dessus de nos forces. » (extrait d'un article de Johanne Jarry, Nuit Blanche, 2000)

« Avec La Mort de Carlos Gardel, son huitième titre paru en français, il continue un cycle "familial" commencé avec Traité des passions de l'âme (Christian Bourgois, 1993) et L'Ordre naturel des choses (Christian Bourgois, 1994). Un tango un peu fado, un fado un peu tango, dans lequel, selon son habitude, l'auteur mêle plusieurs temps de la mémoire, dans une suite de monologues qui pourraient sembler aléatoires, mais qui, peu à peu, goutte à goutte, cisèlent les détails d'une réalité. Un ryhme à deux temps, comme le tango, comme la milonga, faisant alterner les chapitres, dans deux caractères d'imprimerie différents, dans un phrasé musical aboutissant à une narration aux antipodes de la rationalité. Mais faut-il chercher le rationnel dans le tango ? Que représentent, en effet, les vieilles cires rayées de Carlos Gardel, pour Alvaro, le personnage principal du roman, sinon la nostalgie un peu dégoulinante d'une époque où les épreuves de la vie ne l'avaient pas encore entamé ? (...)

C'est à l'enfant mort, symbole de la fin d'une famille, que le romancier va donner la parole dans des séquences d'une grande beauté. C'est lui qui va raconter sa mort : des phrases fulgurantes de douleur, rythmées par les violons, l'accordéon et la voix de Carlos Gardel, rappelant le temps où sa mère et son père vivaient ensemble. "Ma mère débranchait la musique, hors d'elle. Je ne supporte plus les tangos, je vais demander le divorce." Nuno, témoin muet des bagarres des médecins et des infirmières autour de son lit. "Ce n'est pas à moi qu'ils parlent quand ils discutent de ma maladie et de ma mort, je sais qui je suis mais j'ignore qui meurt et parce que j'ignore qui va mourrir je ne mourrai pas." Nuno qui chante à tue-tête, plus fort que les médecins, qui ne saura pas qu'il a cessé de respirer au moment où la douleur s'est évanouie dans une illumination de tout son être. "On m'a mis sur un brancard qui roulait et on a commencé à me pousser vers je ne sais où, mais ça m'était égal, ça ne m'intéressait pas de le savoir car on aurait beau faire, même après avoir fermé la porte, même après le froid de la chambre froide et le silence, et les ténèbres, on ne pourrait pas m'empêcher de chanter." » (deux extraits d'un article de Nicole Zand, Le Monde, 10 Novembre 1995)

 
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