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Mythologie de la saudade

par Eduardo Lourenço

( Livre )
Chandeigne
Collection Lusitane
Langue d'origine : portugais
Traduit par Annie de Faria
1998, 208 p., 18.29 euros

ISBN : 2906462381

Essai sur la mélancolie portugaise

« Aucun mythe n'est sans fondement. C'est sans doute partiellement un cliché, un cliché psychologique, mental mais qui repose sur un fond, sur ce côté mélancolique qu'on peut repérer dans les expressions artistiques portugaises les plus originales et les plus authentiques. Avec le temps, certes, tout cela s'est solidifié. On veut que ce soit comme ça et on finit par se comporter en conséquence. Au XIXe siècle, surtout vers la fin, une certaine élite et notamment les poètes en sont venus à confondre "saudade" et Portugal. Avec Teixeira de Pascoaes, elle devient même une figure universelle de l'humanité, une métaphysique.

La "saudade", c'est une façon de récupérer ce qui est irrécupérable. C'est un rapport au temps passé, au temps passé heureux. Le temps malheureux ne suscite pas la "saudade". C'est ce qui reste quand tout meurt. Et tout meurt. Il y a donc là à la fois une vision pessimiste de l'histoire, du temps, de l'humanité. Et cette constatation que quelque chose demeure. Comme si le soleil s'éteignait mais qu'il restait le clair de lune. » (E. Lourenço, extrait d’un entretien avec Mireille Descombes, l’Hebdo, 26 avril 2001)

« Le penchant naturel des Portugais à la mélancolie est connu de tous. Ils en cultivent depuis toujours une variété compliquée et réputée intraduisible, la saudade. Le mot passe pour être le plus beau de la langue portugaise; il est vrai que l’étymologie mêle en lui soledade et saudação, la solitude et les saluts de ceux qui se quittent ou se retrouvent. Il signifie littéralement le chagrin né de l’absence ou de la mort. Moins introspective et moins sombre que le spleen, moins définitive que le regret, nostalgie qui serait aussi "nostalgie du futur", la saudade est "un mal dont on jouit et un bonheur dont on souffre". Mais la saudade porte toujours la marque singulière du voyage. Elle se situe entre l’idéalisation de ce qui est resté au loin et l’espoir, même improbable, du retour. » (Christian Auscher, Portugal)

« Les Portugais sont tellement habités par le sentiment de la saudade qu'ils ont renoncé à la définir.

Au contraire, c'est sur elle qu'ils font reposer leur secret, ou l'essence de leur sentiment de leur existence, au point d'en avoir fait un "mythe".

Au fond, c'est cette mythification d'un sentiment universel qui donne à cette étrange mélancolie sans tragédie son vrai contenu culturel, et fait de la saudade le blason de la sensibilité portugaise.

Il reste à savoir pourquoi tout un peuple se reconnaît avec une délectation qui frise la complaisance, dans le miroir de cette mélancolie à la fois triste et heureuse qu'il nomme saudade.

Peut-être que seule une considération du "temps portugais" -celui de l'Histoire et celui de l'âme- nous donne la clef de ce petit mystère. La saudade elle-même nous y invite.

Qu'est-elle d'autre qu'une descente, comme celle d'Orphée, dans le labyrinthe du temps enseveli, pour saisir le visage, à la fois vivant et mort, du bonheur passé ? » (présentation de l’éditeur)

« Au début de Mythologie de la saudade, Lourenço note que la culture portugaise n'a jamais bénéficié d'un "regard extérieur à elle-même qui la réveillerait (...) de la contemplation heureuse et émerveillée de soi". Si on disait à Lourenço qu'il est précisément là, c'est-à-dire à distance respectable, de l'autre côté d'une frontière, un peu à l'écart, pour porter ce regard sur la réalité visible et invisible du Portugal, sans doute se récrierait-il. On le voit pourtant à l'œuvre, ce regard dans les analyses de l'écrivain-guetteur, si pleines de subtilité, à la fois totalement portugaises par le goût du suspense et du paradoxe, et comme étrangères, exilées de l'espace et du temps dont elles se nourrissent. Cette relation d'étrangeté et de familiarité se retrouve dans la figure de Pessoa et dans toutes les questions, toutes les angoisses que réveillent le destin du poète et le mythe auquel il a donné lieu. Mais, même déformée, c'est encore l'image de soi que renvoie ce miroir en forme de vertige. » (Le Monde, 17 mars 2000)

Sur la Toile


Entretien (Propos recueillis par Jacobo Machover, La République des Lettres, 1998)

À propos du Labirinto da Saudade ( Dom Quixote, 1978) (fr.)

La mystérieuse « Saudade » : Si il y a bien un mot qui doit est intraduisible en français, c'est bien le mot Saudade... propre au lusophones (portugais, brésiliens). Les traducteurs actuels se contredisent et ne donnent qu'une idée approximative du terme !

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