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De New York à Coruscant

par Alain Musset

( Livre )
PUF
2005, 189 p., 39 euros

ISBN : 2130550029

Un ouvrage de « géo-fiction »,

L'auteur, Alain Musset a choisi d’étudier une ville imaginaire, Coruscant, comme s’il s’agissait d’un objet réel. Films, romans et bandes dessinées de l’univers Star wars mettent en scène une mégalopole mondialisée (pour ne pas dire banalisée), dont les différents éléments sociaux, politiques et spatiaux font référence à un modèle urbain privilégié, celui des États-Unis mais où la ville latino-américaine (Mexico, Sao Paulo) joue un rôle central. En dénonçant les pathologies réelles ou supposées de la cité globale contemporaine, ils servent de baromètre pour mesurer l’état des lieux d’une civilisation « en crise » ou « en transition » selon l’interprétation que l’on veut faire des évolutions en cours. L’étude porte dans un premier temps sur le rôle et les fonctions de la capitale galactique, avant de s’intéresser aux formes architecturales et aux paysages d’une planète entièrement urbanisée.

L’organisation socio-spatiale qui en découle permet de concrétiser des divisions économiques et ethniques particulièrement fortes, favorisant le repli sur eux-mêmes des groupes sociaux et des communautés ethniques. Le livre se conclut sur la relation étroite qu’entretiennent dans notre imaginaire les trois archétypes de la cité globale : Babel, New York et Coruscant, car derrière la destruction de la capitale galactique, anéantie par des envahisseurs extra-terrestres, se profilent les tours fantômes du World Trade Center.

«  Alors que le dernier opus de la saga Star Wars - qui est scénaristiquement le premier - est sur les écrans et que les spectateurs s’engouffrent dans la salle pour jouir de la fiction, le sociologue Alain Musset fait paraître un ouvrage de "géo-fiction", consacré à Coruscant, ville imaginaire inventée par George Lucas, et non moins capitale de l’empire galactique. La science-fiction serait-elle une science sociale ? Oui, si l’on en croit l’auteur, dans la mesure où analyser une telle "ville planète" peut nous permettre de décrypter le fonctionnement des mégalopoles contemporaines. Depuis 1977, la saga Star Wars "participe à la mondialisation des âges et des modèles de sociétés" si bien que la cité de Coruscant fait office de baromètre pour "mesurer l’état des lieux d’une civilisation en crise ou en transition".

Observer Coruscant permet de prendre nos sociétés et nos destinées en flagrant délit d’urbanisation et de tertiarisation inéluctables. La "ville monde" se caractérise, en effet, par la "concentration extrême des pouvoirs, des réseaux de communication, des systèmes de production et des structures de commandement à l’échelle de la galaxie". "Peu importe qui dirige." C’est le concept même de "centre" qui prévaut et incarne l’autorité. Ces villes représentant des "nouveaux pôles de commandement mondialisés". Les hiérarchies urbaines traditionnelles sont bouleversées. De nouvelles géographies apparaissent : "Les cités globales ne respectent plus les frontières d’État car elles fonctionnent dans des réseaux déterritorialisés." Nous rentrons dans l’ère de la "policratie", du pouvoir des villes où sont concentrées "les activités et la richesse des nations mais dont le contrôle échappe de plus en plus aux États". Le rôle de ses nouvelles villes est "planétaire". En leur centre, elle héberge tout ce que la planète peut compter d’institutions de gouvernance mondiale. Le Sénat, lui-même, est "intergalactique". Comme le souligne Saskia Sassen, la ville planète "n’a qu’une fonction : l’administration; qu’un but : le gouvernement" et ne produit "qu’un seul produit manufacturé : la loi". » (extrait d’un article de Cynthia Fleury, L’Humanité, 8 juin 2005)

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