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Passé simple (Le)

par Driss Chraïbi

( Livre )
Gallimard
Collection Folio
avril 1986, N°1728, 6.25 euros
Première édition : 1954
ISBN : 2070377288

Un jeune Marocain s’oppose violemment à son père ainsi qu’aux pesanteurs de la société marocaine et part étudier en France. Ce roman qui stigmatise le poids de l’islam et la condition faite aux femmes. Il évoque les conflits de civilisation, les problèmes identitaires de l’individu formé par deux cultures… Autant de sujets qui reste d’une grande actualité à l’heure des migrations internationale, mais ce roman paraît en pleine période de lutte pour l’indépendance, il se verra accusé de faire le jeu du colonisateur.

Quatrième de couverture

« Lors de sa parution en 1954, ce livre fit l'effet d'une véritable bombe, tant en France qu'au Maroc qui luttait pour son indépendance. Avec une rare violence, il projetait le roman maghrébin d'expression française vers des thèmes majeurs : poids de l'Islam, condition féminine dans la société arabe, identité culturelle, conflit des civilisations. Vilipendé au début, commenté par des générations de lecteurs, il est enseigné depuis quelques années dans les universités marocaines. Dix-huit thèses de doctorat lui ont été consacrées à ce jour. » (présentation de l'éditeur)


Commentaires

« Le livre parut au moment où les Marocains luttaient pour l'indépendance du pays. Les nationalistes reçurent très mal ce roman qui osait critiquer la société traditionnelle juste au moment où, au nom de cette identité nationale, arabe et musulmane, ils voulaient expulser la France du Maroc. Rebelle à tout, Driss Chraïbi continua son travail d'écrivain, sans concession, sans tendresse. Le livre fut interdit par les militants. On parla même de trahison. On lui reprocha d'avoir " fait le jeu des ennemis de la société marocaine ". » (extrait d’un article de Tahar Ben Jelloun, Le Monde, 14 janvier 1994).

« Driss Chraïbi entre en littérature avec fracas. Le passé simple (1954), dès sa potion, fait l'objet d'une véritable levée de boucliers au Maroc. On reproche à l'écrivain d'avoir fait le jeu du protectorat en cette période mouvementée de l'histoire franco-marocaine. La critique française, en revanche, découvre un auteur original dont la plume, incisive et émouvante à la fois, annonce un écrivain de talent. Le roman raconte l'opposition d'un fils, formé à l'école française, à la tutelle d'un père féodal, " le Seigneur ", représentant d'une : théocratie musulmane. Des scènes, violentes parfois par leur charge affective et les traces qu'elles laissent sur un esprit encore jeune, disent la contestation et la révolte avant le grand départ pour la France. Mais, curieusement, Le passé simple, malgré la vigueur de la critique sociale que le roman comporte, n'en appelle pas moins à un amour irrésistible pour un père que le héros découvre avec ses faiblesses et ses qualités d'homme dans les dernières pages de ce roman précurseur. Une écriture de facture classique alterne avec des introspections longues et travaillées et quelques dialogues dont Driss Chraïbi a le secret et qui chaque fois révèlent un sens de l'observation remarquable. »

« Le roman combat avec force les pseudo-représentants de l'Islam mais il s'insurge contre les récupérateurs occidentaux. Il vante Hugo, Descartes et la culture française, mais le héros considère que les idées n'appartiennent à personne. Leur valeur universelle fait éclater les frontières et rend caduque l'appartenance géographique. En un mot, Le Passé simple, à bien le lire, est anti-manichéen et refuse les schémas préétablis. Le Seigneur, lui-même, si vilipendé dans le roman, retrouve au cinquième chapitre les caractéristiques d'un père avec ses défauts et ses qualités : Je lui avais pris la main et j'y écrasais mes lèvres. Je le sentais soudain proche de moi, perméable à la source et, dans cette souffrance plus sincère, plus complet, plus humain. Dans l'acte du baise-main, le héros retrouve le poids des traditions combattues mais aussi l'amour d'un père. La réception critique du Passé simple a donc été vite en besogne.

Les détracteurs n'y ont vu qu'un livre d'insultes, les tenants de la réhabilitation du roman, qu'une révolte caractérisée contre le féodalisme. Le roman est plus subtil et contredit les jugements trop rapides. » (deux extraits d’un long article de Mustapha Bencheikh Latmani sur Driss Chraïbi, dans Littérature Maghrébine d'expression française, 1996).

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