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La peinture aborigène

par Pierre Grundmann, Stéphane Jacob , Maïa Ponsonnet

( Livre )
Scala
2012, 126 p., 15.5 euros

Collection : Sentiers d'art - ISBN : 978-2359880731

Un guide pour découvrir un art émergent et multiforme

En Australie, à partir des années 1970, grâce à l'apparition de la toile comme support, sont apparues des peintures incroyablement novatrices, inclassables, les chefs-d'œuvre des artistes du désert. Le monde découvrit de minuscules localités, perdues dans l'immensité du bush : Papunya, Utopia, Yuendumu... Et des artistes étonnants, de vieux cow-boys, des femmes de 80 ans, qui peignaient des œuvres exceptionnelles, sans jamais avoir reçu la moindre formation aux techniques plastiques occidentales. Ils s'étaient appropriés de nouveaux matériaux, comme la peinture acrylique, et avaient créé un style immédiatement reconnaissable.

Devant nos yeux, dans les déserts et les savanes du continent le plus éloigné de l'Europe, est né un mouvement artistique majeur. Un art qui n'existe nulle part ailleurs. La peinture du désert ne correspond en rien aux codes et aux canons de l'art étiqueté « primitif » ou « premier ». Elle évoque les recherches formalistes de l'avant-garde occidentale, l'art concret, l'action painting, l'expressionnisme abstrait, l'art optique, l'art brut ou la figuration libre.

Pourquoi ces constellations de points, ces explosions de couleurs psychédéliques, ces structures venues d'un autre univers, d'un autre temps nous parlent-elles ? Pourquoi les rêveurs du désert et de la savane nous procurent-ils de telles émotions ? Qui sont ces artistes singuliers, visionnaires et énigmatiques ? Nul besoin, a priori, de démarche scientifique. Ce qui nous touche d'abord, nous, amateurs d'art occidentaux, c'est la liberté, la créativité des artistes, la beauté formelle de leurs œuvres, leur virtuosité. Nous sommes éblouis par la fantastique invention de cette peinture, cet art en mouvement, qui sans cesse avance, se perd dans des chemins inattendus, explore des dimensions plastiques d'une immense variété.

Mais pour mieux apprécier ces œuvres, des clés, alors, sont nécessaires. Tout comme les écorces de la Terre d'Arnhem, l'art si novateur du désert est profondément ancré dans des pratiques culturelles millénaires. Ces représentations abstraites racontent elles aussi des histoires, des mythes, et expriment des messages ancestraux. Les peintres réinterprètent des motifs très anciens, tracés depuis toujours sur les rochers, dans le sable, et pour décorer les torses et les épaules des danseurs, lors des cérémonies. Dans le désert, comme dans les savanes, la peinture est un rituel, convoqué pour témoigner du sens de l'univers. Les artistes ne reproduisent pas le visible, mais rendent visible l'invisible.

Longtemps réservé aux musées d'art premier et aux galeries ethnographiques, l'art aborigène est en train d'en sortir. Aujourd'hui, on commence à voir ces œuvres dans les musées d'art, dans les grandes manifestations d'art contemporain internationales, et chez les collectionneurs privés. La reconnaissance est en marche. Nous comprenons que la peinture aborigène n'est pas un « art tribal», ethnographique, mais bel et bien un art universel. Que les auteurs de ces peintures sont des artistes, des créateurs contemporains.

 
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