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Pour l'empereur !

par Yi Munyol

( Livre )
Actes Sud
Collection Domaine coréen
Langue d'origine : coréen
Traduit par Ch'oe Yun et Patrick Maurus
1998, 432 p., 25.61 euros

ISBN 2742715495

Un roman épique écrit dans la veine du Don Quichotte de Cervantès. Un grand succès d’édition en Corée du Sud

« Au début du siècle, un père persuade son rejeton qu'il a été choisi par les dieux pour fonder une nouvelle dynastie. Prisonnier de ce destin d'empereur virtuel, le jeune homme entraînera à sa suite disciples et détracteurs. "Cette histoire est une parabole, précise Yi Munyol. Sa grande qualité est de remettre en question les idéologies, notamment occidentales - capitalisme, communisme, christianisme -, responsables de la plupart des tragédies coréennes. » (extrait d’un article d’Alexie Lorca, Lire décembre 1998)

« Telle une réplique contemporaine au célèbre chef-d'œuvre de Cervantès, Pour l'empereur ! retrace l'existence haute en couleur d'un Coréen qui se savait - ou s'imaginait - désigné par le Ciel. Natif d'une famille modeste, originaire d'un obscur village des monts Kyeryong, il étonna ses concitoyens par sa sagesse et sa bravoure précoces, vit venir à lui de nombreux disciples, gouverna par la vertu, leva une armée, chevaucha, guerroya et débarrassa son pays des occupants, avant de mourir retiré ou ignoré, ayant à lui seul bouleversé l'histoire coréenne de ce siècle. Pour le narrateur, il n'est pas douteux que l'empereur accomplit bel et bien tous ces prodiges, dont les Annales, auxquelles il se réfère généreusement, ont conservé la luxuriante description. Mais par souci d'objectivité, il cite aussi les détracteurs du prétendu empereur : ceux qui n'ont vu en lui qu'un illuminé, flanqué d'une poignée de gueux, dont l'imagination aurait transcendé une existence pitoyable... De cette confrontation entre épopée et réalisme, Yi Munyol ne tire pas seulement un livre au souffle romanesque irrésistible. En son Don Quichotte asiatique s'incarne avec humour la puissante aspiration coréenne au messianisme, la volonté d'espérance portée jusqu'à la nécessité de récrire l'histoire nationale. Mais Yi Munyol n'en poursuit pas moins, avec ce roman, sa très universelle interrogation sur des personnages charismatiques et dissidents. Avatar du héros défiguré, poète de l'action, l'empereur est avant tout l'artiste de sa propre vie, celui qui aperçoit - ou qui invente - la seule vérité valant d'être accomplie. » (présentation de l’éditeur)

« L'action, sauf à de rares moments - l'occupation de la Corée par les Japonais -, ne quitte pas le village. La figure de l'Empereur devient grotesque et pitoyable par ce décalage de lieu et de paroles, en prenant dans le même temps une envergure extraordinaire, comme s'il pouvait réaliser son rêve éveillé, comme s'il pouvait lutter contre l'occidentalisation de la Corée.

Yi Munyol pousse à rire de cette tragédie. Un rire de révolte, de dérision, qui transforme la souffrance en raison de se battre. La référence de Don Quichotte vient immédiatement à l'esprit, dans son combat d'un autre temps. Ce serait une fausse piste. L'Empereur est coréen et se veut le porteur à la fois des cultures savantes et populaires. C'est un plaidoyer pour la renaissance d'une culture écrasée, celle de la Corée, du Sud comme du Nord. Pour redonner aux jeunes générations la fierté de leurs racines, contre cette world culture de Disney et de Coca-Cola qui conduit à brûler des bibliothèques entières, celles de toutes les cultures qui n'ont plus droit de cité.

C'est un voyage dans le temps et dans l'espace. Un passage de frontières, un saut dans l'inconnu. Ces cultures sont, pour nous, terra incognita. Les notes de fin de volume viennent nous aider à nous repérer, pour comprendre les citations. Elles sont aussi présentes dans l'édition sud-coréenne, ce qui est significatif. La culture de chacun des pays ne peut être que le résultat d'un choc des cultures. Chacune d'entre elles doit pouvoir exister. Sinon, c'est l'humanité tout entière qui se trouve amputée d'une partie de son patrimoine... Ce n'est pas la moindre des réflexions que suscite ce roman. » (extrait d’un article de Nicolas Béniès, Le Monde diplomatique, janvier 1999)

« J'ai écrit ce livre d'abord pour mettre en question la réalité qui ne me fait pas plaisir. En même temps j'y ai mis une intention pédagogique dans l'espoir que la nouvelle génération agira différemment. Mais j'ai aussi pris beaucoup de plaisir à écrire ce livre et e me suis dit que le lecteur aura aussi le sien. Ce livre a été vendu à près de 700.000 exemplaires dont 350.000 dans le cadre d'une collection littéraire. Il a beaucoup attiré l'attention des étudiants et des intellectuels qui voulaient s'inscrire sur le classique littéraire coréen et chinois. Et le grand public a aussi aimé ce livre, car, dit-on, il contient beaucoup d'anecdotes et d'humour.

On dit chez nous que l'on ne doit jamais rencontrer ni le cuisinier ni l'écrivain, car sinon on perd l'envie de manger et celle de lire... Cette forme d'écriture existe depuis toujours en Asie de l'Est. Mais très peu d'écrivains coréens emploient aujourd'hui la structure épique. En Occident, quand on décrit un personnage on fait une description très directe. On parle tout de suite de lui. En Orient, pour décrire un personnage, on commence par parler de ses voisins... » (extrait d’un entretien avec l’auteur, L’Humanité, 15 octobre 1998)

Traduit du coréen par Ch'oe Yun et Patrick Maurus

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