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Printemps et automne sexuel

par Soumaya Guessous

( Livre )
Eddif
2000

« J'ai fait une enquête auprès de 720 personnes de milieu urbain et rural. Au début, j'ai voulu faire une étude sur les femmes et la ménopause : déterrer les clichés, les préjugés, les aberrations qui font que la femme ménopausée est considérée comme un objet usé.
Elle pense que sa féminité est morte et fait le deuil de sa séduction. En fait, elle démissionne en tant que femme, elle ne reste qu'une mère. Elle se réfugie parfois dans le religieux. C'est vers cet âge que le couple se fracture. Est-ce dû à la femme et à sa manière de vivre la ménopause ? me suis-je demandée. D'un côté oui, car elle n'est plus un objet sexuel mais de l'autre non car il faut aussi considérer la sexualité depuis la puberté, naissance de la féminité.» (extrait d'un entretien avec l'auteur avec Emmanuelle de Boysson pour Maroc-Hebdo, mars 2000).

« Nul ne peut nier l'existence d'une éducation sexuelle. Négative, elle s'exprime par des interdits : interdiction de se toucher, de poser des questions sur l'évolution de son corps. Négation, refus du corps, qui se reflètent dans le langage des adultes, comme si l'on craignait de stimuler les pulsions sexuelles des adolescents en reconnaissant les nouvelles fonctions de leur corps. Éviter de parler du corps, c'est en renier la fonction sexuelle, pour une meilleure maîtrise de ses pulsions. Attitude qui enfonce les adolescents dans une ignorance et des préjugés ne pouvant en aucun cas les aider à assumer leur puberté. La puberté, dans la société marocaine, permet de saisir l'importance du poids de la culture sur les comportements des jeunes. Le processus de la ménopause, comme celui de la puberté, n'échappe pas à l'emprise de la tradition et les comportements qui en résultent découlent du conditionnement social, héritage d'un long passé où le corps féminin est tantôt sublimé, tantôt réduit à l'état de souillure. La manière avec laquelle est vécue la ménopause dépend aussi de la façon dont les femmes perçoivent leur féminité : si la féminité est déterminée par la procréation, les femmes, désormais stériles, vivent leur ménopause comme une castration. Asexuées, amputées de leur pouvoir de séduction, elles font le deuil de leur sexualité. Les hommes, eux, évoluent dans une société qui leur apprend que plus un homme prend de l'âge, plus sa puissance sexuelle augmente. La médecine parle d'andropause, les hommes la réfutent. Le culte de la virilité perdure ». (présentation de l'auteur)

Sur la Toile

Une critique du livre par Abdelaziz Mouride, le Temps du Maroc, juin 2000.

La ménopause au Maroc « La sociologue marocaine Soumaya Naamane Guessous a réalisé une remarquable enquête sur la ménopause des Marocaines qui l'a conduite à étudier également l'homme vieillissant et le passage de la puberté dans les deux sexes : printemps et automne sexuels au Maroc.
Selon la littérature arabo-musulmane, les femmes n'ont que deux étapes dans leur vie : l'étape de femmes jeunes, belles et séduisantes, chantées par les poètes et contées dans le folklore. Dépassées les limites de cette première étape, le charme est rompu et ces fées sombrent lentement, sûrement, dans l'abîme de la vieillesse.
Les femmes sont déjà traitées de fleurs fanées, de vieilles, mais des vieilles encore utiles puisqu'elles peuvent encore enfanter. La ménopause les ampute du dernier espoir de féminité, les rendant désormais stériles ». (par D. Delanoë)



 
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