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La prophétie d'Abouna

par Fawaz Hussain

( Livre )
Ginkgo
2013, 252 p., 15 euros

Collection : Lettres d'ici et d'ailleurs - ISBN : 978-2846792189

Le roman autobiographique des premières années parisiennes et européennes de l'auteur

Abouna (« Notre père » en arabe) est le nom par lequel les prêtres chrétiens sont désignés dans le Proche et le Moyen-Orient. Il s’agit ici du prêtre syriaque, directeur de l’école élémentaire dans laquelle le jeune Mohamed est éduqué et apprend le français. Abouna, prenant l’enfant sous son aile, l’incite à persévérer et forge ainsi la prophétie qui le guidera par la suite : « Je devais, selon Abouna, aller plus loin dans mon amour pour la langue française et laisser la petite ville au pied des montagnes pour Paris, la capitale du monde ! Le pays des droits de l'homme et des libertés attendait que je marque ses belles lettres de mon sceau mésopotamien et que j’y ponde une œuvre aussi magistrale que les Misérables et la Comédie humaine ! »
C’est donc en septembre 1978 que Mohamed débarque à Roissy, la tête remplie des romans de Balzac et d’un immense espoir : conquérir la Capitale, ses lettres, ainsi que les belles parisiennes… Ainsi commence la saga tragi-comique de celui qui, désormais, se fera appeler « Momo », par discrétion et pour attirer plus aisément les filles.

La prophétie d’Abouna est donc le roman autobiographique des premières années parisiennes et européennes de Fawaz Hussain. Il sera rédigé bien des années plus tard, sans fard mais empreint de tout l’optimisme et de la naïveté du jeune kurde syrien, déjà francophone et pourtant encore si « rural ». C’est l’histoire de la découverte du Lieu de tous les espoirs mais aussi des désillusions. La découverte par « Momo » de Paris, de ses habitants, de leur vie et de leurs coutumes parfois étranges, et bien sûr des belles parisiennes qui malheureusement « …ne faisaient pas la queue pour m’entourer de leur bras de soie et de parfum… »
La prophétie d’Abouna est peut-être surtout le Paris des étudiants étrangers (certes Kurdes, mais aussi Orientaux et d’ailleurs) vivant ou mieux survivant dans la Capitale. Vies rythmées alternativement par les études et les petits boulots, les espoirs et les craintes, les joies et les échecs; vies ignorées par les Parisiens eux-mêmes. « … je compris que Paris était aussi la capitale de la douleur et de toutes les solitudes… ».
C’est également le chemin malheureux menant des rives de la Seine aux neiges de la Suède et de sa Laponie, à la suite d’une blonde sirène nordique. Long éloignement durant huit ans de Paris, des Lettres et de la prophétie.

La prophétie d’Abouna est enfin la présence mystérieuse, tout au long du récit vécu, de celui qui lui donne son nom : Abouna, toujours vêtu de la longue robe noire propre aux prêtres orientaux. Apparition parfois non attendue, rassurante et espérée, qui guidera « Momo » vers son destin d’écrivain..

 
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