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Requiem pour un empire défunt

par François Fetjö

( Livre )
Points
Collection Essais
mars 1993, 464 p., 9.45 euros
Première édition : Lieu commun - 1988
ISBN : 2020146746

Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie (sous-titre).

L'auteur analyse les motivations réelles qui poussèrent les Alliés à rayer de la carte l'Autriche-Hongrie. Selon François Fejtö, les puissances occidentales, surtout la France, ont été inspirées par les idées indépendantistes des tchèques Benes et Masaryk. Elles auraient aussi obéit à des objectifs idéologiques : morceler et « républicaniser » l'empire des Habsbourg.

Même s'il réagit avec quelques nostalgies, François Fejtö démoli quelques mythes relatifs à la disparition de son pays natal. Il insiste sur le fait que l'empire ne serait pas mort de ses propres contradictions, mais aurait été « suicidé » par les vainqueurs de 1918.

« L'auteur montre, preuves à l'appui, que l'appui, que la monarchie bicéphale participait pleinement au miracle économique européen de la fin du siècle dernier; et, dans les années 1900-1913, le produit brut par habitant passait de 0,5 % à 1,4 %, plaçant l'Autriche-Hongrie au niveau de l'Allemagne, de la suède et du Danemark. Certes, à l'époque du réveil national, des affrontements opposaient les ethnies qui vivaient sous la domination des Habsbourg mais violents ou feutrés, ils étaient dus surtout à la distribution inégale des richesses entre le nord-ouest industrialisé de la monarchie et le sud-est sous-développé et frustré. » (extrait d'un article d'Edgar Reichmann, Le Monde décembre 1988)

« L'historiographie occidentale, tout comme celle inspirée par le marxisme-léninisme-stalinisme, considérait (pour des raisons différentes) la disparition de la monarchie comme une fatalité, vu le "caractère rétrograde" des gouvernements de Vienne et de Budapest, l'"inévitable" domination de l'influence allemande et la "puissance des forces centrifuges". Je n'ai pas sous-estimé tous ces facteurs, je n'ai ignoré ni l'existence des forces autonomistes, voire séparatistes, ni l'expansionnisme suicidaire de certains milieux politiques et militaires dela monarchie, ni l'intransigeance conservatrice des classes dirigeantes hongroises. Mais j'ai cru devoir insister aussi sur les forces de cohésion, sur le loyalisme dynastique de l'administration et d'une armée multinatonale qui s'est bien battue pendant toute la guerre, comme sur le développement depuis les années 1860 de sociétés civiles créatives, progressistes, libérales; enfin, sur celui de mouvements ouvriers en essor qui aurait pu consituer la base sociale d'une Autriche-Hongrie fédéraliste. Il existait, à mon avis, une alternative à la dissolution. Je pense, et c'est ce que j'ai essayé de démontrer en m'appuyant sur des documents, que, parmi les causes de la désagrégation, c'étaient les considérations idéologiques (républicanisme jacobin, anticléricalisme) qui pesait d'un poids déterminant… » (François Fejtö, Postface écrite en avril 1992 pour la deuxième édition, en réponse aux critiques de ses thèses)

« Quand l'empire austro-hongrois a été dépecé par les vainqueurs de la première guerre mondiale, le petit Ferencz (François Fejtö) n'avait pas dix ans. Et pourtant, il reste profondément imprégné par la double monarchie, qui était loin de la "prison des peuples" de la Russie tsariste dénoncée par Lénine. C'était plutôt une grande famille, avec ses discordes et ses disputes, mais où l'on passait d'un groupe à l'autre sans formalités, où l'on voyageait d'un pays à l'autre sans traverser d'infranchissables frontières, une sorte de Schengen avant la lettre. Les cousins étaient croates, italiens, autrichiens ou slovènes. Dans la bonne société la langue véhiculaire était l'allemand que Fejtö apprend en même temps que le hongrois. En juillet 1914, la famille passe ses vacances à Fiume (aujourd'hui Rijeka), dans un palais néo-Renaissance appartenant à la branche maternelle, quand le père reçoit un télégramme lui enjoignant de rentrer en Hongrie : l'archiduc François-Ferdinand a été assassiné à Sarajevo. C'est le signal de la dispersion. Deux ans plus tard, en apprenant la mort de l'empereur François-Joseph, le père déclare simplement : "C'est la fin d'un monde". » (extrait d'un article de Daniel Vernet, Le Monde, 30 août 2001)

L'édition originale chez Lieu commun.

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