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Restavec : Enfant-esclave à Haïti

par

( Livre )
Le Seuil
Langue d'origine : Américain
Traduit par Daniel Blanchard
2002, 267 p., 18 euros

ISBN : 202051446X

Une autobiographie

Abandonné par son père, Blanc Philippe, un riche planteur blanc, après la mort de sa mère, une femme pauvre et noire, Jean-Robert a quatre ans lorsqu’il devient un restavec. Ces enfants esclaves sont, encore actuellement, donnés par les familles pauvres d’Haïti aux plus riches dans l’espoir qu’elles assureront leur subsistance et leur éducation.

« En Haïti, les restavecs sont des enfants pauvres, donnés par leurs parents à des familles aisées dès l'âge le plus tendre dans l'espoir qu'ils échapperont à la misère et pourront fréquenter l'école. Mais la réalité est tout autre. Des centaines de milliers d'enfants (300 000 selon l'UNICEF) sont réduits en esclavage par leur "famille d'accueil". On les nomme des restavecs. Ils doivent rester à portée de voix de la personne à qui ils sont attachés; ils dorment sur des chiffons sous une table de cuisine, sont battus quotidiennement, lavent le sol, remplissent et vident les seaux, etc., dès l'âge de quatre ans. Devenus grands, ils deviennent cireurs, délinquants, prostitués. C'est à ce sort qu'a miraculeusement échappé Jean-Robert Cadet qui raconte avec une simplicité désarmante ses années de domesticité : " Faire de moi un restavec arrangeait Florence car cela la dispensait d'avoir à expliquer à qui que ce soit qui j'étais et d'où je venais. De plus, je ne pourrais pas établir de relation personnelle avec elle, ni lui faire part de mes besoins. Je n'avais le droit de parler que si on m'adressait la parole, sauf pour lui transmettre les messages que des tiers m'auraient laissés [...] Je n'étais pas son fils mais son restavec." » (présentation de l’éditeur)

« Au manque de soins et de confort, s’ajoute une misère psychologique qui laissera à ces enfants des traces indélébiles. Des années après la fin de son calvaire, Jean-Robert Cadet avoue faire encore des cauchemars et se sentir " mal à l’aise en société " tant il demeure marqué par son ancienne condition. Encore s’estime-t-il chanceux par rapport à ceux qui ne pourront échapper à ce cruel système. Victimes de violences physiques, voire d’abus sexuels pour les filles, les restavecs luttent pour leur survie. Une fillette enceinte, généralement des œuvres de ses patrons, sera jetée à la rue. Les plus chanceuses quitteront à l’adolescence leur condition de restavec pour devenir bonne. Quant aux garçons, ils seront renvoyés à la fin de leur enfance.

Séparés depuis le plus jeune âge de leur famille, ces enfants parviennent rarement à retrouver le village où il sont nés, ou leurs parents. Dans un pays où les routes et les communications demeurent aléatoires, la séparation est généralement définitive. Rejetés par leur famille d’accueil, perdus pour leur famille naturelle, ces enfants sont condamnés à l’errance et à la misère. » (Geneviève Fidani, RFI)



L'auteur : Jean-Robert Cadet. Haïtien et Américain, il vit à Cincinnati, USA, où il a longtemps enseigné la littérature française dans une école secondaire. En 2000, il a démissionné de l'enseignement pour se consacrer à la lutte contre l'esclavage des enfants. Invité à Genève par l'association Terre des hommes, il est venu témoigner au Fonds des Nations pour la lutte contre les formes contemporaines d'esclavage.

« Comme ex-restavec, je suis venu aux États-Unis à l'âge de quinze ans pour rejoindre mes maîtres afin de reprendre mes functions de servitude. Quand ils ont remarqué que le système de restavec ne convenait point à la société américaine, ils m'ont mis à la porte pour me dépatouiller tout seul. Dans Restavec, mon autobiographie, publiée par l'Université de Texas Press, je montre le visage derrière le masque, en faisant la chronique poignante et éclatante de mon enfance dans la servitude, et je raconte en détail ma vie subséquente aux États-Unis, où, malgré le racisme j'ai fait mes études universitaires et eu beaucoup de succès dans l'armée américaine et dans les affaires. Aujourd'hui, je suis professeur dans un lycée à Ohio. » (L'auteur)

Sur la Toile

Les enfants dans la domesticité en Haïti

Un commentaire d'Yves Chemla, La Presse, 2002)

Dans BiblioMonde

Notre dossier sur Haïti (BiblioMonde)

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