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Le roman de Belgrade

par Jean-Christophe Buisson

( Livre )
Le Rocher
Collection Le Roman des lieux magiques
2010, 257 p., 20 euros

ISBN : 978-2268069227

Le portait de la capitale serbe par un journaliste amoureux inconditionnel de la Serbie.

À la neuvième minute de la neuvième heure de l'après-midi du neuvième jour du neuvième mois de la neuvième année de ce siècle, soit le 09/09/09 à 09 h 09, une sévère secousse ébranla la ville de Belgrade. Pour une fois, il ne s'agissait pas d'un bombardement mais d'une explosion de joie : dans son stade en fusion baptisé en référence au temple footballistique brésilien, le Marakana, la Serbie venait d'inscrire le but qui la qualifiait pour la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud. Mieux : ce but était marqué contre la nation considérée comme une seconde mère-patrie par une immense majorité de la population serbe, la France. Incroyable symbole.

Pendant près d'un siècle, rares furent les dirigeants serbes qui ne signifièrent, à l'occasion d'un discours, d'une réception, d'une rencontre ou d'une inauguration, l'indéfectible attachement de leur pays pour la patrie des poètes Victor Hugo et Alphonse de Lamartine et des généraux Franchet d'Espèrey et de Gaulle. Le fruit de l'Histoire, du hasard, de la diplomatie, de l'esthétique. A la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, Paris voyait Belgrade comme un rempart contre le déferlement de l'islam en Europe chrétienne. Au XIXe siècle, la Serbie, souvent gouvernée par des princes ou des rois francophiles, faisait contrepoids à l'influence expansionniste germanique dans les Balkans. Puis il y eut la guerre de 1914-1918. Qui ignore que la France est entrée en guerre pour venir au secours de la petite Serbie agressée par l'Autriche-Hongrie ? À Belgrade comme dans le reste du pays, en 2009, personne. Comme personne n'a oublié que l'armée serbe, menacée d'anéantissement total, a pu se reconstituer en 1916 grâce au seul concours des Poilus d'Orient (et des infirmières françaises de Bizerte et de Corfou...). Deux ans plus tard, une fois les armées allemande et austro-hongroise chassées de Belgrade, la capitale serbe entreprit de manifester, dès qu'elle le pourrait, sa reconnaissance et son amitié à la France qui, en outre, avait favorisé, par le traité de Versailles, le rattachement de régions de la défunte Autriche-Hongrie au tout neuf royaume «yougoslave» - qui aurait pu alors penser que l'étreinte des Serbes serait un jour perçue comme une tentative d'étranglement ?

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