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La route de la Kolyma

par Nicolas Werth

( Livre )
Belin
2012, 240 p., 20 euros

ISBN : 978-2701164168

Durant plus d'un mois, Nicolas Werth et ses compagnons de voyage vont sillonner la Kolyma, région symbole du goulag, la plus éloignée et la plus inaccessible, à la recherche des dernières traces du plus grand ensemble concentrationnaire soviétique.

Durant 25 ans, entre 1930 et le milieu des années 1950, 20 millions de soviétiques sont passés par ces camps, 2 millions sont morts au Goulag, plus d'un million ont été exécutés.
Nicolas Werth a retrouvé les traces des derniers survivants. Il a visité les rares musées, nés généralement d'initiatives privées, où sont exposés des rares vestiges de la « civilisation goulagienne » encore conservés. Il a sillonné les pistes de la Kolyma, construites par les détenus eux-mêmes pour tenter de retrouver les restes des camps de travail forcé, où les détenus extrayaient, dans des conditions extrêmes (-50° l'hiver) l'or, grande richesse de la Kolyma, le cuivre, l'uranium, le cobalt et d'autres minerais.

Une quête souvent vaine, tant les traces se sont effacées dans ce milieu que l'homme n'a jamais véritablement conquis. La nature a repris ses droits, la taïga et la toundra ont englouti les derniers vestiges des camps. Dans ces conditions, comment l'historien peut-il encore appréhender cette civilisation disparue ? À travers les seules archives administratives, les récits des derniers survivants ? Ce voyage à la recherche de la Kolyma perdue est aussi une réflexion sur le métier d'historien.

« En écrivant son récit de voyage (étrangement dépourvu de cartes), Nicolas Werth cherchait donc à traverser les apparences, tentant de donner corps à cette région fantôme qu'il n'avait jusque-là "explorée qu'à travers les tombereaux d'archives de l'administration du goulag". Vous avez bien lu : "tombereaux" et non " tombeaux ". Les archives ne sont rien d'autre qu'un rebut, et c'est l'historien qui poétise ce reste en trace. Miron Markovitch, 82 ans quand on l'interroge, en ricane : "Vous cherchez les dernières traces avant qu'elles ne s'effacent. Des traces ? Je ne comprends pas. Ce n'est pas le mot qui convient." Lorsque Werth se heurte ainsi aux bornes de l'écriture académique, à maintes reprises, lui reviennent en mémoire les Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov (Verdier, 2003). Car la littérature est bien l'autre frontière de l'historien, dès lors qu'il fait l'expérience de sa propre insuffisance. » (Le Monde, 18 octobre 2012)

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