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Salons européens

par Verena von der Heyden-Rynsch

( Livre )
Gallimard-Jeunesse
Langue d'origine : allemand
1993, 267 p., 22.87 euros

ISBN : 2070729605

Les beaux moments d’une culture féminine disparue (sous-titre) de l'hôtel de Rambouillet au XVIIe siècle aux déjeuners du jeudi de Florence Gould

« Dans cette Europe-là, on se souciait moins d'échanger des marchandises que des idées. Les "salons européens", dont Verena von der Heyden-Rynsch retrace l'histoire, étaient des républiques de l'intelligence à l'intérieur des monarchies. Le cosmopolitisme y régnait, avec la curiosité, l'ironie et la tolérance. C'étaient des endroits où l'on apprenait "l'art de la conversation" et l'urbanité. Des "femmes éclairées" y remplissaient le rôle de premier ministre. Leur principale occupation, à part les rêves, les amours et la correspondance, c'était de "tenir salon". Dans ce sens, le mot lui-même ne fut employé qu'en 1807, par Mme de Staël. Mais la chose existait depuis 1610, à Paris.

Le premier salon avait été ouvert par Mme de Rambouillet, dans l'hôtel du même nom, alors que la France perdait Henri IV et se retrouvait sous Louis XIII, avec les inquiétudes que cela entraîne forcément. Parmi les invités de Catherine, il y eut Malherbe, Richelieu, le duc de Buckingham et Corneille. J'ignore si d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis eurent leurs entrées chez la marquise, mais, revenant toujours de faire la guerre ou de se battre en duel, les jeunes gens de l'époque n'avaient pas des manières très raffinées. Aussi, l'ambition de Catherine fut à la fois de dégrossir les esprits et de polir les moeurs. Elle entreprit de marier "le savoir" avec "le savoir-vivre". (…)

"La France a aimé (les mots) jusqu'au vice", dit Verena von der Heyden-Rynsch. La grammaire ou la syntaxe comme distraction nationale, c'est sans doute quelque chose de révolu... Intéressée par tout ce qui se faisait à Paris, la reine Christine de Suède convia Descartes à Stockholm. Hélas ! il prit froid dans le Nord et mourut d'une pneumonie, pour montrer les effets de certains climats sur la philosophie. Christine abdiqua en 1654, non pas à cause du chagrin qu'elle éprouvait peut-être, mais parce qu'elle en avait assez de son métier — ce qui n'est pas très courant chez les monarques et les ministres. Du moins, ils évitent de le dire... La reine de Suède s'offrit des vacances romaines et régenta un salon sur "le modèle français", dans son palais italien. Elle "pensait et vivait (déjà) à l'européenne", comme l'écrit Verena. Les Lumières furent la grande époque des salons, avec ceux de Mme de Lambert, de Mme de Tencin, de Mme Geoffrin, de Mme du Deffand, de Mlle de Lespinasse et de Mme Necker. Grâce à toutes ces femmes, Paris devint la "capitale de l'esprit et du divertissement". » (extrait d’un article de François Bott, Le Monde, 21 Janvier 1994)

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