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Séfarade

par Antonio Muñoz Molina

( Livre )
Le Seuil
Collection Cadre vert
Langue d'origine : espagnol
Traduit par Philippe Bataillon
2002, 480 p., 22 euros

ISBN : 2020510804

17 textes évoquant la mémoire des juifs persécutés, les 300 000 exilés d'Andalousie, les conversions forcées, l'Inquisition, les bûchers… mais aussi ceux qui ont dû fuir les nazis ou les Soviétiques.

« Il ne s’agit pas d’un roman, d’un recueil de nouvelles, d’une étude historique, d’un essai. Pas davantage d’une réflexion sur la destinée du peuple juif ou de sa branche séfarade. Le titre choisi par Antonio Muñoz Molina est aussi déroutant que son livre. Tout au plus aurait-il un sens métonymique, le mot "Séfarade" renvoyant par extension aux thèmes de l’exil, de l’errance, de la persécution politique ou ethnique, à ce sentiment d’étrangeté au monde qu’éprouvent les proscrits, les bannis, les victimes de l’horreur bureaucratique ou idéologique. Comment définir alors un tel livre ? Peut-être comme une longue et déchirante balade, une promenade littéraire à travers des destins fracassés, réels ou fictifs, des vies réduites en lambeaux, des existences à jamais hantées par l’oppression totalitaire. » (extrait d'un article de Frédéric Vitoux, Le Nouvel Observateur, 20 février 2003)

Séfarade, c'est la patrie de tous les accusés, exilés, bannis, chassés de leur quotidien, de leur maison, de leur terre et qui, où qu'ils se trouvent, sont à jamais des étrangers. Séfarade, c'est la patrie de la mémoire, celle des disparus, morts ou vivants, personnages réels ou imaginaires réunis par la fraternité et la solidarité d'un écrivain. Séfarade, ce sont dix-sept chapitres racontant chacun une histoire différente, toutes traversées par des motifs, phrases, personnages qui assemblent un discours dont le thème central est la persécution. A travers la voix émouvante et forte d'Antonio Munoz Molina résonnent celles de Primo Levi, Franz Kafka et Milena Jesenska, Willi Münzenberg, Evguénia Guinzbourg, Margarete BuberNeumann, mais aussi l'attente d'une femme qui ne revit jamais son père, les nostalgies de Mateo le cordonnier, la folie amoureuse d'une nonne ou encore le souvenir d'une rescapée des geôles argentines. Autant d'êtres détruits au plus intime d'eux-mêmes par l'Histoire.

« Ainsi cette surprenante découverte à New York, au fin bout de la 155e rue, d'un lieu éloigné de tout : le siège de la Hispanic Society of America, créée par Mr Huntington, un multimillionnaire fou d'Espagne qui y a accumulé tableaux (Velásquez, le Greco, Goya), tapisseries, fers forgés, retables, fontaines, poteries, objets d'art populaire et 10 000 volumes. Pas un chat. Juste le narrateur et son épouse et la gardienne des lieux. Et une terrine venue du quartier jadis juif des potiers d'Ubeda, la rue de Valencia, qui replonge le narrateur dans son enfance. Le livre se clôt sur la reproduction d'un portrait de fillette par Velásquez, sept ou huit ans, la mine grave et de grands yeux séfarades. » (extrait d'un article de Jean-Charles Gateau, Le Temps, 1er mars 2003)

« Une écriture d’une densité rare, empreinte d’une indéfectible fluidité qui fait s’imbriquer tous ces personnages, qu’ils soient réels ou fictifs. Une écriture qui rompt la monotonie invariable du récit, qui plonge dans ses failles, repoussant très loin les frontières de l’imaginaire et de la syntaxe. Le narrateur devient un sujet non identifié et pourtant systématiquement identifiable, tantôt je, tantôt il ou elle, par des tours de passe-passe incroyables. On entre dans chacune de ces histoires comme on pousse la porte d’un royaume inconnu où chacun est libre de s’aventurer. On est tous le juif de quelqu’un, semble nous suggérer l’auteur de Séfarade. » (extrait d'un article de Zoé Lin, L’Humanité, 27 février 2003)

Dans BiblioMonde

Histoire des juifs sépharades, de Tolède à Salonique

Une bibliographie sur les Marranes

Les Juifs, la mémoire et le présent

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