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Société des vagabonds (La)

par Harry Martinson

( Livre )
Agone
Collection Marginales
Langue d'origine : suédois
Traduit par Philippe Bouquet
2004, 315 p., 22 euros

ISBN : 2748900243

Y en a-t-il encore parmi vous qui pensent que les vagabonds prennent la route par désir de jouissance ? Ces hommes-là sont égarés. Et on leur reproche leur égarement. "À eux d'en tâter aussi ! dit-on. De sentir l'effet que ça fait de damer le macadam ou de tailler des pavés ! Que ces canailles sachent ce que c'est que de faire bouillir l'asphalte et de se balader au soleil auprès de cette marmite infernale !" Ici les hommes font la grève pour de bon. Ils ne la font pas pour des raisons d'ordre économique ou social. Non, ils refusent simplement les directives, ce goût de la torture qui est inséparable de l'obligation de travailler. Ce que nous appelons paresse est de leur part une grève purement physiologique dirigée contre le travail obligatoire conçu comme un tourment, contre une hypocrisie qui s'est donné le nom d'"honneur du travail". Les hommes qui sont couchés là sont paresseux, déprimés et égarés. Mais ce sont des hommes. Et ils ne sont pas paresseux, déprimés et égarés parce que c'est amusant de l'être. Ils sont vagabonds par malaise. Et ils fuient ce malaise. Ils espèrent un miracle.


« Même sa liberté, ce bien auquel il a tout sacrifié, lui est parfois retirée, elle aussi : la loi veut qu’au bout de trois avertissements pour vagabondage, on soit envoyé casser des cailloux pendant une année. Il fait tout son possible pour éviter ce sort : lorsque, au cours du roman, il chemine entre deux gendarmes montés qu’il a eu le malheur de croiser sur sa route, et qu’il attend de passer en bordure d’un bois pour tenter de leur fausser compagnie, on a le cœur qui bat aussi fort que le sien; et lorsqu’il y réussit, et que, déchiré par les ronces, il fuit éperdument à travers les taillis, on ressent aussi violemment que lui, à ce moment, "la grandeur et misère de la liberté". S’il est quand même pris et condamné aux travaux forcés, cependant, il fait en sorte de s’en accommoder, s’empêchant de compter les heures et les jours et de se laisser ronger par l’impatience. » (extrait d’un article de Mona Chollet, Périphérie, juin 2004)

« La route, emblème des vagabonds et des poètes, est aussi pour Martinson, figure éminente de la génération des écrivains "prolétariens", le symbole du refus d'un certain ordre social. Les hommes qu'il met en scène "font la grève pour de bon". La "paresse" qu'on leur reproche est une "grève dirigée contre le travail obligatoire conçu comme un tourment, contre une hypocrisie qui s'est donné le nom d'"honneur du travail" ». (extrait d’un article de Michel Abescat, Télérama, 3 juillet 2004)

Paru à Stockolhm en 1948, La société des vagabonds est le dernier texte en prose de l’écrivain suédois. Il a été traduit en français par Philippe Bouquet

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