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De Staline à Gorbatchev : histoire d'une république soviétique, l'Arménie

par Claire Mouradian

( Livre )
Ramsay
1990, 475 p., 26.79 euros

ISBN : 2859568379

L'Arménie soviétique de 1920 à 1989

La soviétisation de la République d'Arménie dans ses frontières caucasiennes est le dernier acte tragique de la Première Guerre mondiale. Elle scelle l'échec du projet national de rassemblement des terres et des hommes dans un Etat moderne, démocratique et indépendant. Les Arméniens, dont l'histoire est marquée par les contraintes de la géographie, voient dans l'arrivée des bolcheviks la garantie d'une protection russe contre le danger turc. Telle a été jusqu'à aujourd'hui la vraie légitimation du pouvoir soviétique à Erevan. Dans ce livre, Claire Mouradian étudie le poids du passé (du génocide de 1915 à la République indépendante), la constitution de l'Etat-nation, après la soviétisation et pendant l'ère stalinienne, le cadre institutionnel de l'autonomie de la République soviétique d'Arménie. Elle montre comment le sentiment national était frustré et maintenu grâce à une souveraineté rendue fictive par le système fédéral, ce dernier étant organisé par une législation uniforme coiffée d'un parti unique centralisateur. Découvrir aujourd'hui l'histoire de l'Arménie c'est découvrir un cas exemplaire du point de vue de la question des nationalités en URSS. Donc de son échec. C'est aborder l'image de l'Arménie dans la diaspora. C'est aussi et surtout comprendre une prise de conscience politique qui représente un tournant important certes dans l'histoire de l'Arménie soviétique. Mais pas seulement elle.

« (...) La démographie est créditée d'un chapitre entier. On découvre là à quel niveau ont été meurtrières les purges staliniennes de 1936 et la participation des Arméniens à la guerre contre les nazis. Claire Mouradian montre très bien comment la nation a pu surmonter ces deux grandes saignées grâce à cette cellule, ô combien vivante, qu'est la famille arménienne. Le tableau de la page 158 est, à lui seul, une démonstration magistrale de la force qualitative de la famille arménienne comparée à la famille soviétique de Moscou. Quelques pages intéressantes sur les minorités en Arménie soulignent un peu plus l'extrême homogénéité de la population, accentuée par le départ des Azéris en 1988. Cela constitue aussi une force incontestable du pays, que d'autres républiques peuvent envier. Les pages consacrées à la langue et la culture permettent à l'auteur de beaux développements sur le véritable corps a corps que se livrent la culture nationale et le programme internationaliste et russificateur.

Avec les chapitres consacrés à la question arménienne, à la diaspora et au rôle de l'Eglise, on entre de plain pied (si tant est qu'on l'ait jamais quitté) dans les enjeux politiques et le système de manipulation du sentiment national des Arméniens. Il est très instructif de lire les pages consacrées aux relations turco-soviétiques depuis 1960, celles qui décrivent la genèse du mouvement de contestation en Arménie, avec la création du Parti National Unifié, qui réclame l'indépendance, et la création du Groupe arménien de surveillance des Accords d'Helsinki. Il faut méditer les explications portant sur le HOK (Comité d'aide de la diaspora à l'Arménie de 1922 à 1962, remplacé en 1964 par le Comité pour les Relations avec la Diaspora). Le dernier chapitre est consacré au Karabagh. Avec lui se profilent les évolutions possibles du régime installé en Arménie soviétique, jusqu'à l'indépendance. » (extrait d'un article de Mihran Amtablian, France-Arménie, numéro 91, Juin 1990)


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