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Tanger ou la dérive littéraire

par Marie-Haude Caraës, Jean Fernandez

( Livre )
Publisud
22 euros

ISBN : 2866009525

Essais sur la colonisation littéraire d’un lieu : Barthes, Bowles, Burroughs, Capote, Genet, Morand…


Tanger, c'est étrange, à une lettre près, à un accent. De quelles lettres, de quels désirs, écrivains américains ou français (R. Barthes, S. Beckett, les Bowles, W. Burroughs, T. Capote, J. Genet, G. Lapassade, G. Stein, T. Williams...) en ont-ils fait leur ville ? Rien apparemment de plus simple. Tanger par excellence - on peut le lire dans leurs livres et chez leurs épigones - est la ville du Passage. Tanger insinue un paysage mental. Les écrivains occidentaux de passage empruntent à la ville les habits qu'ils lui prêtent, magnifiant son mystère, son ambiguïté. Au fil du temps, s'entrelacent des lettres, des mots, des textes, oubliant du même geste que l'origine ou la vérité de ce mystère n'est qu'un trou. Comme on le dit d'un lieu justement où rien ne se passe, qui enferme. Rien donc de moins étonnant que ce lieu soit celui d'une perdition réelle ou imaginaire. Et s'ils ne disent presque rien de cette ville, c'est pour mieux taire ce qu'ils sont venus y chercher : la satisfaction de leurs fantasmes. Le désir à Tanger se pare des vertus de l'éloquence, de la renommée, pour masquer toutes les formes de la domination à l'œuvre dans la cité arabe. Une esthétique post-exotique, d'autant plus surprenante et inquiétante qu'elle est conduite par des écrivains que l'Occident a promus, pour certains, en conscience politique. Notre lecture annonce les jeux idéologiques et les illusions littéraires dans lesquelles les écrivains occidentaux sont pris et prennent leurs lecteurs. Tanger est le lieu exemplaire d'un discours qui ailleurs se perpétue. C'est cette entreprise de mystification qu'il faut dévoiler.

« Comment pouvons-nous, un anthropologue et une politologue, comprendre et analyser la fascination exercée par la ville de Tanger sur des écrivains occidentaux du XXe siècle ? Qu'ont-ils écrit sur la ville et dans cette ville ? Quel spectacle, ce grand défilé de la littérature et la pensée moderne donne-t-il de ce lieu ? Ce qui s'y invente, c'est une tangerrance, métamorphose et continuation du colonialisme, qui n'est pas que cette entreprise guerrière vers des terres lointaines. C'est aussi et surtout une "occupation culturelle de l'espace" selon l'expression d'E. Saïd. Des romans, des autobiographies, des lettres vont rendre possible l'exercice de la domination. La tangerrance, à partir d'une langue neuve, mais imposée par les puissants, est une colonisation littéraire d'un lieu, une tentative esthétique d'échapper à l'Occident dans un Sud, une terre où tout se rêve, surtout dans l'artifice de la drogue. Des écrivains occidentaux ont fabriqué la singularité d'un lieu, qu'ils occupent dans une liberté totale, en particulier sexuelle, qui ne s'applique qu'à eux-mêmes. Cette tentative est brisée, car le cauchemar de la domination, après le lever de rideau, réapparaît. Paul Bowles, William Burroughs, Roland Barthes, Jean Genet et quelques autres sont les pères de cette errance dont les textes et les idées participent de l'asservissement des peuples et de la formation de l'opinion. » (Marie-Haude Caraës et Jean Fernandez)

Dans BiblioMonde

Le goût de Tanger

Tanger, cité de rêve

Tanger : vues choisies : Un album de photographies commentées par Paul Bowles

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