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Tazmamart cellule 10

par Ahmed Marzouki

( Livre )
Paris-Méditerranée
Collection Documents-Témoignages
janvier 2001, 334 p., 16.54 euros

ISBN : 284272092X

Un des prisonniers du sinistre bagne de Tazmamart décrit par le détail ses 18 ans d’enfermement dans des conditions terribles. Il raconte aussi la mort de ses camarades les uns après les autres… Un livre-choc, le plus gros succès d’édition que le Maroc ait jamais connu.

L’édition de poche (Folio, 6,60 euros)

« Le mot "Tazmamart" est désormais synonyme d'horreur et d'abomination. Il désigne un bagne-mouroir où furent enfermés, de 1973 à 1991, 58 militaires qui avaient participé - de manière secondaire, car les responsables principaux furent fusillés - à deux attentats contre le roi Hassan II du Maroc. Ahmed Marzouki, qui participa au coup d'État de Skhrirat en juillet 1971, fait partie des 28 survivants de Tazmamart. » (début de l’article de Nancy Dolhem pour le Monde diplomatique, février 2001).


La vengeance du roi

Sous-officier des Forces Armées Royales (FAR), Ahmed Marzouki a participé à son corps défendant au coup d'État de juillet 1971 contre le roi Hassan II au palais de Skirat. Ce coup d’État mal organisé par la haute hiérarchie militaire a tourné au véritable carnage. Des soldats ont tiré dans la foule des invités du roi qui fêtait son anniversaire. Le roi sauva sa vie en se cachant plusieurs heures dans les toilettes. Il est parvenu ensuite à renverser la situation en réapparaissant par surprise. Un certain nombre de responsables militaires ont été fusillés aussitôt après. D’autres qui avaient été envoyés en commando sans connaître le but de leur mission ont été condamnés à des peines de 3 à 5 ans de prison. Ahmed Marzouki était de ceux-là. Il a été condamné en février 1972 à cinq ans de prison. Estimant que la justice s'était montrée trop clémente en condamnant ces militaires innocents, Hassan II les fit enlever nuitamment de la prison où ils purgeaient leur peine et ordonna de les enfermer - pour toujours - dans un bagne secret, spécialement construit au fin fond du royaume pour assouvir cette sinistre vengeance. Pendant des années, on ignora tout de leur sort.

18 ans d’enfermement

« Avec une précision clinique, Marzouki raconte ses 6 550 jours dans une cellule de béton, trois mètres de long sur deux et demi de large, avec un trou d'évacuation "pour nos besoins" et dix-sept petits orifices dans le mur pour ne pas étouffer dans le noir total. Il ne laisse rien de côté, ni l'invasion des insectes qui "transformaient le corps en une immense plaie"; ni les cheveux, barbes et ongles qu'ils ne peuvent couper et les transforment en "fantômes errants dans des grottes préhistoriques" ; ni les conflits "dans cette jungle où beaucoup luttaient chacun pour soi"; ni les trois gardiens (sur quinze) qui faisaient entrer les médicaments et sortir les appels au secours. » (extrait d’un article de F. Aubenas et J. Garçon pour Libération (France) 15 février 2001).

« En février 1974, soit à peine six mois après notre arrivée au bagne, est décédé dans le bâtiment 2 le lieutenant Mohamed Chemsi. Au début du mois de février 1974, il commença à se cogner la tête contre la porte de fer de sa cellule en appelant d'une voix désespérée Meryem, sa fille qu'il adorait. Il réclamait aussi sa femme et sa mère. Il demeura ainsi quelques jours, tantôt prostré, tantôt hurlant dans l'indifférence totale de ses gardiens. Jusqu'à ce que l'un de ceux-ci le découvrît un matin raide mort, la tête et les mains appuyées contre la porte. » (extrait du livre).


De la fermeture du bagne à la sortie du livre

Sous la pression internationale, à la suite d’un certain nombre de révélations sur le bagne dont le roi avait pendant des années nié l’existence, Ahmed Marzouki a été libéré en 1991 avec vingt-huit autres survivants (cinquante-huit personnes ont officiellement été détenues dans ce bagne mouroir). Il raconte leur calvaire commun et lève le voile sur un des secrets les plus honteux du règne d’Hassan II.

« Le livre de Marzouki a été publié après moult péripéties. Alors que les survivants de Tazmamart sont libérés en 1991, Ahmed Marzouki tente de publier son témoignage dès 1995. Pour l'en empêcher, les autorités l'enlèvent à nouveau et l'interrogent pendant trente-six heures. En octobre 2000, une première commémoration est célébrée à Tazmamart. Au moins six journalistes assiègent Marzouki pour l'"aider à rédiger" ses mémoires. En Janvier 2001, le livre sort, mais Marzouki est toujours privé de passeport, jusqu'au 16 Janvier où un passeport lui a été délivré par la préfecture de Salé. » Marocculture.com

Avec plus de 25 000 exemplaires vendus en quelques semaines au Maroc, Tazmamart, cellule 10 est le plus gros succès d’édition au Maroc depuis l’indépendance.

Le préfacier répond à des critiques

« Dans ces pages, comme dans toutes les déclarations qu’il a pu faire ou les propos qu’il a pu me tenir, Ahmed Marzouki n’a pas de mots assez forts pour dénoncer le carnage auquel il a été mêlé bien malgré lui. Comme d’autres officiers et sous-officiers venus de la caserne de Ahermoumou et présents au Palais de Skhirat, la mort d’une bonne centaine d’innocents, parmi lesquels le père de M. Bahnini, l’a bouleversé. Non seulement, il n’a pas tiré une seule balle, mais il est intervenu à plusieurs reprises pour empêcher des cadets devenus fous de tuer des invités de feu Hassan II. C’est la raison pour laquelle il n’a d’ailleurs été condamné qu’à "seulement" cinq années de prison. Et si la justice marocaine de l’époque avait fonctionné normalement, si les témoins à décharge (dont des officiers fidèles au monarque interrompus grossièrement par le président) avaient pu être entendus, si le président du tribunal militaire s’était montré digne de sa fonction, Ahmed Marzouki aurait été acquitté. (…)

Il a payé de façon terrible pour des crimes qu’il n’a jamais commis et qu’il a, au contraire, essayé d’empêcher.
En lisant les propos de M. Bahnini centrés presque exclusivement sur une douzaine de pages, j’ai le sentiment d’un énorme malentendu. L’objectif poursuivi par Ahmed Marzouki était de témoigner auprès des Marocains et, au-delà, de tous ceux que le Maroc intéresse, des conditions atroces dans lesquelles trente de ses camarades sont morts.. En aucun cas, il n’entendait faire œuvre d’historien et évoquer "objectivement" le complot de Skhirat. Il lui fallait cependant rappeler brièvement ce qu’il avait vu et ce qu’il avait retenu de cette journée à son niveau de jeune officier subalterne. " Ignace Dalle en réponse à M. Bahnini rappelle qu’il est le fils de Ahmed Bahnini, président de la Cour suprême, assassiné par les mutins de Skhirat et, parmi beaucoup d’autres choses, reproche en substance au livre de Ahmed Marzouki d’oublier les victimes de cette journée cauchemardesque. » (Libération (Maroc), avril 2001).


Sur la Toile

Témoignage d'un emmuré vivant par Jean Clamour, Lire, mars 2001.

Analyse du livre par Taieb Chadi, Maroc Hebdo, février 2001.


La mémoire carcérale marocaine table ronde à Paris, avec Ahmed Marzouki.

La critique du Monde diplomatique par Nancy Dolhem (février 2001).


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