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Tirant le Blanc

par Joanot Martorell

( Livre )
Anacharsis
Langue d'origine : catalan
Traduit par Jean-Marie Barberà
2003, 992 p., 30 euros

ISBN : 2914777094

Ce roman chevaleresque catalan du XVe siècle est considéré comme le premier roman « moderne ». Tirant le Blanc, chevalier breton, parcourt le monde, entre jeux de l'amour et de la guerre, pour raconter les mérites de sa dame, la princesse Carmésine.


C’est en 1490 que paraissait, à Valence (Espagne), le roman du chevalier valencien Jonaot Martorell, Tirant le Blanc. Étrange naissance d’un livre que son auteur, mort en 1465, n’a jamais vu publié, et qu’il avait dû mettre en gage pour cent réaux auprès d’un certain Marti Joan de Galba. Ce dernier, vingt-cinq ans après, fit apposer par l’imprimeur son nom sur l’ouvrage, aux côtés de celui de Matorell. On en déduisit que Galba était intervenu sur le manuscrit mais l’hypothèse, qu’elle soit vrai ou fausse, n’a que peu d’incidence sur le fond de la question.

Tirant le Blanc est non seulement le chef-d’œuvre incontesté du Siècle d’or de la littérature catalane, mais encore une création romanesque capitale dans l’histoire de la littérature universelle. Cervantès le premier l’a qualifié de " meilleur livre du monde " et c’est Mario Vargas Llosa qui, dans trois essais réunis sous le titre de En selle avec Tirant le Blanc (éd. Gallimard, 1996), en a magistralement révélé toute l’envergure; Italo Calvino n’a pas manqué de lui consacrer quelques pages dans Pourquoi faut-il lire les classiques ?.

Défis, batailles et cavalcades y alternent avec les joutes amoureuses et érotiques, les combats, physiques ou allégoriques, se faisant toujours au nom de l’honneur et de la vertu. Dans un univers entièrement orienté par l’éthique chevaleresque, peuplé d’arrogants infidèles, de félons, de belliqueux guerriers, de tendres jouvencelles et de subtiles donzelles, Tirant le Blanc, chevalier breton, parcours le monde pour clamer les mérites de sa dame, la princesse Carmésine. Les jeux de l’amour et de la guerre se révèlent du pareil au même, cruels et ennivrants, et vont, d’un rebondissement à l’autre, à un rythme effréné, se déployer dans tous les horizons. Les pays, de l’Angleterre à la Terre Sainte, et de Constantinople à l’Afrique du Nord sont transformés en une immense lice de tournois où les affrontement naissent dans et par les mots. La prose de Martorell fait alterner les styles, joue sur les sous-entendus et les non-dits, plante les décors chatoyants d’un roman de chevalerie tel qu’il n’en fût jamais. Nulle place ici pour le merveilleux, mais le déploiement d’une réalité sensible, la méticuleuse élaboration par la phrase d’un monde plein, résonnant de la musique des dialogues, des chocs des armes, des plaintes des personnages brisés, blessés, déçus ou triomphants. Il est remarquable de voir comment l’épaisseur psychologiques des protagonistes - sous des noms de fantaisie : Diaphébus, Plaisirdemavie, Veuve Éplorée -, au long des pages et des péripéties, parvient à établir une profonde connivence entre le lecteur et le roman. Et c’est ce par quoi Tirant le Blanc achève de surprendre : son extraordinaire modernité.

Mais, toute brillante qu’elle fut, la chevalerie valencienne connut de grandes difficultés pour survivre, comme ailleurs en ce milieu de XVe siècle, et dut avoir recours à de peu reluisants expédients. C’est ainsi que Joanot se retrouve, en 1449, à la tête d’une bande de brigands maures, activité qui le conduisit un temps en prison. Et c’est toujours cette désastreuse situation financière qui le poussa à mettre en gage son Tirant pour cent réaux auprès d’un certain Marti de Galba. Mais ni celui-ci ni Martorell ne verront l’ouvrage terminé, qui sort des presses de Spindeler, imprimeur allemand de Valence, en 715 exemplaires, au cours de l’année 1490. (présentation de l'éditeur)

« Il faut le dire : oui, on peut lire un roman de chevalerie de nos jours, en tous les cas celui-ci. Car c’est l’une des toutes premières fictions modernes. L’aspect répétitif et codé, la thématique guerrière, les penchants bavards, communs au genre, sont ici largement atténués par la grâce d’une écriture inventive, aux nombreux ressorts et changements de style, ou un réalisme inhabituel pour l’époque. Et surtout, on y trouve des personnages psychologiquement crédibles, comme la friponne Plaisirdemavie, suivante de la princesse Carmésine, dont Tirant tombe amoureux, et qui intrigue pour l’aider à obtenir ses faveurs. Un beau combat !

C’est la Comédie humaine ! Guerre et Paix ! Et le fougueux Martorell possède la même force narrative que Flaubert ou Faulkner ! Ces affirmations enthousiastes de Mario Vargas Llosa n’exagèrent pas. Pourtant, Tirant fut longtemps un cadavre. Méconnu même en Espagne, où il ne fut publié en castillan dans une version complète qu’en 1969. » (extrait d'un article de Pascal Jourdana, L’Humanité, 29 janvier 2004)

Traduit du catalan par Jean-Marie Barberà, préface de Mario Vargas Llosa. La précédente traduction (plutôt une adaptation) de cet ouvrage datait de 1737, elle était l'œuvre du comte de Caylus (publiée chez Quarto Gallimard en 1996).


Sur la Toile

La trame de Tirant le Blanc par . J.-M. Barberà

L'écriture de Tirant le Blanc


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