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Tous les noms

par José Saramago

( Livre )
Points
Collection Littérature
Langue d'origine : portugais
Traduit par Geneviève Leibrich
2001, 272 p., 6.86 euros
Première édition : 1999
ISBN : 2020484935

« Monsieur José, employé au Conservatoire général de l’état civil, collectionne pou se distraire des articles de journaux sur les grands de ce monde. Un jour, lassé des potins mondains, il décide d’enquêter sur une femme inconnue dont il a découvert la fiche par hasard dans le registre de l’état civil. Il ne sait d’elle que ce que sa fiche veut bien mentionner : 36 ans née dans cette ville, mariée et divorcée. Récit d’une grande sobriété de ton et de style, Tous les noms met en place un univers de fichiers, d’archives, de dossiers, de cartons, de vieux papiers, en équilibre instable sur des étagères vermoulues. Seul Monsieur José porte un nom propre, les autres personnages étant désignés soit par leur fonction (le conservateur, le berger, le curateur, etc.) soit plus simplement (la femme inconnue, la dame du rez-de-chaussée…) » (François Busnel, le Magazine littéraire, mars 2000)

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« Ceux que les grandes fables philosophiques déconcertent risquent d'y laisser quelques plumes. Les autres vont jubiler - et frémir - à la lecture de ces pages de bout en bout kafkaïennes. Joseph K, ici, s'appelle M. José. Il vit au royaume des ombres : une ville sans nom, balayée par la pluie, peuplée de fantômes totalement anonymes. Chaque matin, M. José s'enferme derrière les murailles sinistres du Conservatoire général de l'état civil, où il contrôle les fichiers des vivants et des morts en compagnie de bureaucrates crétinisés. De ces ténébreuses catacombes ensevelies sous la poussière de nos destins l'auteur du Dieu manchot fait une description hallucinante : un enfer concentrationnaire, une nécropole des âmes sur laquelle il jette de grandes pelletées d'humour noir...

Afin d'échapper aux affres de sa désolante besogne, son héros collectionne des renseignements sur les cent personnalités les plus éminentes du pays. La nuit, par une porte dérobée, ce Thésée moderne se faufile clandestinement dans les dédales du Conservatoire, fouille les archives et vole les dossiers qui lui seront utiles pour réaliser son étrange encyclopédie des célébrités. Un soir, par erreur, la fiche d'une inconnue lui tombe entre les mains : une femme de 36 ans, dont l'identité se réduit à quelques dates - naissance, mariage, divorce... M. José n'aura de cesse de la retrouver, au fil d'une enquête rocambolesque, drôle et absurde comme du Ionesco, tragique comme du Beckett. Mais la femme qu'il traque inlassablement n'est qu'un mirage, un rêve avorté qui se brise au fond d'un cimetière empli de suicidés.

"Nous sommes des contes qui content des contes, rien", disait Fernando Pessoa. À ce rien Saramago ajoute son légendaire pessimisme et ses ricanements dévastateurs : Tous les noms est une machine infernale dont les rouages trop bien huilés nous écrabouillent littéralement. Jusqu'à la suffocation. » (extrait d’un article de Bernard Clavel, L’Express, 25 mars 1999)

« Dans Tous les noms, aucun des personnages ne porte un nom, si ce n'est un seul, et encore est-ce un prénom, celui de Saramago : José, autant dire M. Durand. On n'existe pas quand on ne porte pas de nom et, en conséquence, on n'a pas droit à la carte d'identité. Monsieur José travaille au Conservatoire général de l'état civil, quelque part au Portugal ou ailleurs. Là, on établit et on classe des fiches. Sur les fiches, il faut transcrire des noms, une multitude de noms, et on obtient une multitude de fichiers, sur plusieurs hauteurs, si haut que Monsieur José a le vertige en montant sur son échelle pour retirer une fiche. Le Conservatoire est le monument parfait de l'administration, ce qu'on a construit de plus rationnel et de plus exhaustif. Pour s'y retrouver, comme dans un labyrinthe, aucune autre méthode que de réinventer le fil d'Ariane et c'est, en effet, ce que font les gens comme Monsieur José, préposé aux écritures.

On le verrait assez bien dans une pièce de Courteline, alors qu'il s'active dans un édifice digne de Kafka. L'affaire est toutefois courtelinesque : de l'aliénation bureaucratique à la vie quotidienne du préposé, le burlesque est de tous les instants, et on rit, de ce rire qui accompagne généralement les comédies humaines. Il n'y a que les personnages sans nom qui ne rient pas, et surtout pas le maître du lieu, chef suprême, inaccessible à l'humour, engoncé dans la bêtise réglementaire, qui édicte la loi de la tradition. Un jour lui vient une révélation : on va procéder à une innovation qui consiste à ne plus mettre d'un côté les fiches des vivants et d'un autre côté les fiches des morts. Le bon sens veut que la vie n'aille pas sans la mort, et inversement; il y a inconséquence à devoir monter à l'échelle pour prélever la fiche d'un vivant quand le moment est venu d'archiver un mort.

Monsieur José a enlevé, par mégarde, la fiche d'une femme totalement inconnue, alors que sa marotte est de collectionner les fiches de gens célèbres. Il se met à la recherche de l'inconnue et je laisse au lecteur le plaisir de le suivre dans son enquête, enfreignant le règlement sacro-saint, falsifiant des autorisations, jouant au vol par effraction. L'enquête le conduit dans un autre endroit où les noms sont importants : le Cimetière général, deuxième labyrinthe, deuxième résumé d'un monde qui pense avoir tout éclairé en nommant les êtres humains. Ce qui arriverait si un vieux berger qui mène paître ses brebis dans le cimetière se mettait à intervertir les noms des défunts, je vous le laisse aussi apprendre mais sachez tout de même que le berger, unissant sa sagesse à l'expérience archivistique de Monsieur José, provoque ce dernier à une réflexion confondante sur le suicide.

"La métaphore a toujours été la meilleure manière d'expliquer les choses", dit un des personnages. José Saramago tire de là toute sa technique du paradoxe et de la fable qui pousse l'espèce dans ses derniers faux-semblants. Les évidences sont cocasses, mais la cocasserie est partout, si c'est l'étonnant Portugais qui rassemble au cimetière les vivants et les morts. » (extrait d’un article de Lucien Guissard, La Croix, 1er avril 1999)

Ce roman est paru à Lisbonne sous le titre Todos os Nomes, , il a été traduit en français par Geneviève Leibrich


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