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Trois chants funèbres pour le Kosovo

par Ismaïl Kadaré

( Livre )
Fayard
Collection Littératures étrangères
Langue d'origine : albanais
Traduit par Jusuf Vrioni
2000, 119 p., 8.4 euros
Première édition : 1998
ISBN : 2213601801

On aurait du mal à trouver en ce monde une autre région de plaine où une vieille tragédie continue à projeter sans relâche, de façon cyclique, de nouvelles tragédies.

Cette terre porte le nom innocent de « Champ des merles », autrement dit Kosovo. Il y a six siècles, le 28 juin 1389, une coalition balkano-chrétienne composée de Serbes, de Bosniaques, d'Albanais et de Roumains fut écrasée par l'armée ottomane du sultan Mourad. Cette sanglante bataille ne dura qu'une dizaine d'heures. De cette défaite, les vaincus n'ont cessé jusqu'à aujourd'hui de porter le deuil.

Cependant, comme les rapaces tournoient au-dessus du terrain après les combats, des cliques de politiciens nationalistes ont essayé à maintes reprises de tirer profit de cet événement fatal le 28 juin 1989, date de son sixième centenaire, le dirigeant serbe Milosevic lança un nouvel appel au massacre dans le Kosovo, cette fois contre les Albanais. C'est de ce jour que commença l'implosion de la Yougoslavie. Au sujet d'aucune autre bataille n'ont été échafaudées autant de mystifications qu'autour de celle du Kosovo.

Bien de siècles qu'auparavant, la vérité sur la guerre de Troie fut mise au jour par la littérature grecque antique. À travers ce dévoilement, celle-ci se hissa à des sphères sublimes jamais encore atteintes depuis lors par la civilisation universelle. Aujourd'hui, trois mille ans plus tard, la civilisation balkanique, dans l'épreuve, et tombée, elle, au plus bas niveau de la barbarie. Ce recueil, dans son impartialité, est une tentative pour témoigner de la noblesse perdue de cette civilisation, et une exhortation à ce qu'elle renaisse.

« Ces Trois Chants funèbres pour le Kosovo sont à la fois un appel à la mémoire et un appel à l'oubli. La mémoire est celle d'une bataille qui ne fut pas menée contre les Turcs que par les seuls Serbes mais par une coalition regroupant ces derniers et des Albanais, des Bosniaques et des Roumains. Contre le mythe nationaliste serbe, Ismail Kadaré raconte un mythe d'union entre des peuples qui aujourd'hui s'affrontent. Un instant historique confus durant lequel des batailles encore plus vieilles furent presque oubliées. Ce conte balkanique en trois volets qui traverse un lointain champ de ruines est aussi un appel à l'oubli de ces chants de guerre qui traversent eux les siècles, comme en attente d'être saisis par un nouveau chef militaire. Ces chants qui disent de façon inlassable : "Serbes, aux armes, le Slave nous ravit le Kosovo !" En conclusion, parce que la malédiction de cette terre semble être la répétition et même si son récit est un déni de cette proposition d'oubli, Ismail Kadaré en vient à exhumer de sa tombe le sultan turc Mourad Ier vainqueur de la bataille du Kosovo qui, au vu de l'évolution actuelle, adresse une prière : "Oui, mon dieu, fais bien déblayer la terre tout autour de moi, car il suffit de quelques gouttes pour que s'y trouve condensée toute la mémoire du monde..."

Cette conclusion est sans doute ambiguë mais concernant des pays où l'on a utilisé l'histoire jusqu'à l'écoeurement, elle témoigne de l'espoir d'un arrêt des combats au nom d'un mythe trompeur. Un espoir dont on serait tenté de dire qu'l est essentiellement littéraire tant la réalité de ces dix dernières années a de nouveau creusé des frontières et tant les nationalistes ont su donner aux mythes anciens un nouveau poids de chair et de sang. On ne trouvera pas dans ce récit une position partisane de l'écrivain albanais Ismail Kadaré sur la situation actuelle mais la tentative de redonner à l'histoire sa complexité afin qu'elle ne soit pas confisquée à des strictes fins guerrières. » (extrait d'un article de Christophe Dabitch, Le Matricule des anges, 1999)


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