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Usages du patrimoine monuments musées et politiques coloniale en Algérie 1830-1930 (Les)

par Nabila Oulebsir

( Livre )
Éditions de la MSH
2004, 45 euros

ISBN : 2735110060

Qu'est-ce que le patrimoine dans une société en quête de repères ? Quel passé celle-ci choisit-elle de privilégier dans sa lecture de l'histoire ? C'est à ces questions vives que cet ouvrage nous invite à réfléchir. Dans le cas précis de l'Algérie, la notion de patrimoine accompagne un mouvement d'appropriation et d'identification où la sélection des objets et leur conservation jouent un rôle essentiel. Pendant la monarchie de Juillet, on peut suivre l'exploration d'un territoire à laquelle concourent des savants, des artistes et des militaires captivés par les vestiges antiques. Le regard exercé à la poétique des ruines, peintres et architectes élaborent des images de lieux et de paysages et manifestent le premier sentiment à l'origine d'une conscience patrimoniale. Celle-ci, confrontée au vandalisme colonial, et malgré quelques mesures réparatrices engagées par la nouvelle administration française, reste longtemps balbutiante. Un demi-siècle passe avant que soit créé un Service des monuments historiques et que les musées - jusqu'alors dépôts d'objets précieux et de vestiges recueillis au gré des expéditions - assurent leur mission en tant que lieux de conservation et d'exposition des collections. Sous le règne de Napoléon III, la métropole marque un intérêt nouveau pour les formes de l'Orient, rendues accessibles grâce aux voyages d'architectes et mises en scène à Paris par les expositions universelles. Le passé médiéval arabe de l'Algérie, perçu à travers le prisme de la civilisation andalouse par un architecte néogothique, Edmond Duthoit, fait désormais l'objet d'une valorisation particulière. Vers 1900, à la Belle Époque, les conditions d'invention d'une esthétique nouvelle reflètent enfin la liberté politique acquise par la colonie et se matérialisent par l'adoption d'un style architectural régional, le néomauresque, consacré style officiel. Alors qu'ils semblaient annoncer une reconnaissance des populations autochtones, ces prémices restent sans lendemain. C'est une « Algérie latine » qu'exalte le moment du Centenaire, commémorant la conquête à grand renfort de manifestations, tandis que les revendications politiques qu'expriment les nouvelles élites autochtones, formées en majorité à l'école républicaine, présagent le déclin du temps colonial.

Outre l'abondance de ces événements, jalons d'un siècle de colonisation, Les usages du patrimoine nous introduisent tant à l'histoire des institutions - sociétés savantes, structures patrimoniales, établissements scientifiques - qu'à la trajectoire artistique et intellectuelle de nombreux acteurs : conservateurs, architectes ou universitaires.

La question du patrimoine en Algérie a toujours été un facteur d'échanges, de négociations, mais aussi de tensions entre les deux rives de la Méditerranée. Elle nous donne aujourd'hui l'occasion de reconsidérer, en même temps que le passé colonial de la France, le passé français de l'Algérie.

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