BiblioMonde

Utøya

par Laurent Obertone

( Livre )
RING
2013, 428 p.

ISBN : 979-1091447089

Un journaliste, proche de l'extrême droite française, raconte à la première personne la tuerie d’Utøya, avec une certaine fascination pour le pire tueur de l'histoire de la Norvège. L'ouvrage est présenté comme un roman.

« Comment ne pas se sentir perturbé devant certains propos et considérations infiniment contestables.
Breivik, en parfait robot exterminateur, exerce sa mission qui consiste à se débarrasser des travaillistes, engeance satanique imprégnée de doctrine marxiste. Il lutte aussi de toutes ses forces contre l’islamisation de la Norvège. Il veut faire table rase. À en croire l’auteur, ce sanglant nettoyeur a une âme de poète. Le voici donc interrompant sa course entre deux victimes : il est tombé devant une orchidée violette.
Laurent Obertone ne manque pas de qualités. Il a un ton, une phrase cursive, sait camper des situations. Dans ce pseudo récit – à la limite de l’abus de confiance – il rédige un pseudo roman. Il a pourtant les qualités pour écrire une vaste fresque où il pourrait donner libre cours à son imagination en s’inspirant, pourquoi pas, de véritables monstres. Jonathan Little, avec Les Bienveillantes, a su composer ainsi une histoire dont les héros maléfiques sont emportés par la plus totale démesure. Il faut reconnaître qu’Obertone a entrepris une enquête minutieuse et pointilleuse, mais on peut maîtriser à fond un dossier sans prétendre parler directement au nom du protagoniste. Jacques Vergès, célèbre par ses flamboyantes plaidoiries, regardait, expliquait : il ne disait pas « Moi Barbie ».
On ne peut voir un saint, un salaud, que de l’extérieur. Il est impossible de se mettre à sa place. Un texte aussi déroutant que glaçant. » (extrait d'un article de Jean-Claude Lauret, Boulevard Voltaire)

« Une exécution de masse peut-elle être transformée en odyssée lyrique ? La réponse est “non”, bien sûr, mais dans Utøya, Laurent Obertone fait dire à son Anders Breivik : “Dans cent ans, viendra mon Virgile, mon Chrétien de Troyes, mon Homère. On racontera mon épopée. Je serai l’égal de Lancelot, d’Enée, d’Achille.” Bref, Obertone a la fâcheuse tendance à se prendre pour l’auteur de L’Enéide. Sauf qu’il est plus vigile (à Carrefour) que Virgile. Usant d’une langue froide et clinique, il tente de rendre son récit glaçant et insupportable, mais c’est très chiant. Son style est ultraplat et Truman Capote – auquel certains médias ont pourtant osé le comparer – est vraiment à des années-lumière. L’écriture d’Obertone verse dans le documentaire animalier. Pire, il fait le choix de faire passer les idées de Breivik au second plan. » (extrait d'un article de David Doucet, Les Inrock, 13 septembre 2013)

« Auteur en janvier 2013 d'un essai contesté, et succès de librairie, sur l'ultraviolence, l'immigration et la délinquance, La France orange mécanique, Laurent Obertone (un pseudonyme) a lu les nombreux écrits de Anders Breivik, qui se proclame lui-même écrivain.
Breivik purge une peine de 21 ans de prison avec possibilité d'extension pour avoir tué 77 personnes, dont une majorité d'adolescents, le 22 juillet 2011, en faisant exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, puis en ouvrant le feu sur un rassemblement de la Jeunesse travailliste sur l'île d'Utoya.
Laurent Obertone a consulté les rapports d'enquête de police, le dossier judiciaire, les témoignages croisés de survivants, de proches du tueur, de sa famille et s'est rendu en Norvège à plusieurs reprises pour son enquête.
Devenu une "célébrité" du crime en quelques minutes avec cette tuerie, Breivik est en passe de devenir "un personnage culte dans certains milieux, un modèle", s'inquiète l'avocat du tueur, Geir Lippestad, dans un livre témoignage paru récemment en Norvège. » (extrait d'un article Le Point, 3 mai 2013)

Laurent Obertone n'est pas le premier auteur de cette mouvance politique à céder à la fascination du tueur d'extrême droite norvégien. Dans son pamphlet Éloge littéraire d'Anders Breivik, paru en 2012, Richard Millet le décrivait comme "un patriote à la dérive, un nationaliste désespéré", provoquant l'indignation de ses pairs du comité de lecture de Gallimard.

Préface de Stéphane Bourgoin

 
© BiblioMonde.com