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Vent qui siffle dans les grues (Le)

par Lídia Jorge

( Livre )
Métailié
Collection Bibliothèque portugaise
Langue d'origine : portugais
Traduit par Geneviève Leibrich
2004, 444 p., 22 euros

ISBN : 2864244950

Deux mondes se croisent dans ce roman : notre monde contemporain emporté par des transformations accélérées, mû par un instinct sauvage de l'avenir et un monde plus ancien, dans lequel une vieille usine abrite le destin d'une famille nombreuse récemment arrivée d’Afrique (Cap-vert).

Deux mondes apparemment inconciliables mais que le hasard va mettre en contact par l'intermédiaire de Milena Leandro, l'étrange jeune fille aux yeux de laquelle tout naît pour la première fois et dont la simplicité va tout bouleverser.

C'est elle qui nous conduit à travers la mort vers un amour impensable, un crime, une trahison et un silence à jamais scellé. Son regard toujours neuf sur la vie, le bien et le mal, sa vision de la valeur du monde constituent la matière même de ce roman.

Au milieu d'un Algarve tragique et sauvage, Milena évolue entre une famille attachée à ses privilèges et à son image sociale et une tribu cap-verdienne vivace pour laquelle la musique irrigue la vie.

« Chez Lidia Jorge, cette lecture est celle d’une femme qui s’enracine dans l’Algarve, le Sud rural que dévaste une modernisation brutale. Les séquelles de la colonisation, les déceptions de 1974, les bouleversements de l’Europe traversent cette région qui fut une des plus combatives, où se lit aujourd’hui un inexprimable désarroi. Dans Le vent qui siffle dans les grues, Milene, héritière d’une vieille famille plus ou moins déchue, abrite dans une non moins vieille usine de conserves, "la Vieille Fabrique", une famille d’émigrés cap-verdiens. Milene est une jeune femme de son temps, elle écoute U2 et Simple Minds, et on s’avise assez tôt que sa simplicité est essentielle à cette histoire qui met en présence deux mondes en apparence faits pour se côtoyer sans se voir. L’art de Lidia Jorge est de laisser le récit se mettre en place, de faire avancer le lecteur dans la lenteur d’une de ces journées accablantes, guidé par ce personnage auquel on s’attache avant de comprendre ce qui lui arrive. Ce très beau roman, moins baroque que la Couverture du soldat, réédité en poche, gagne en intériorité, en subtilité. L’intrigue, réfractée par la multiplicité des regards des personnages, donne au lecteur une vision à la fois intimiste et polyphonique, à l’image des bifurcations de ce récit terrible de cruauté et d’espoir. Il faut découvrir, enfoui dans ses pages comme dans le céur des personnages, le crime secret qui peut faire tout basculer. Question de choix. "Faites comme si cette porte était celle du salut. Et maintenant imaginez que cette autre porte est celle qui donne sur l’abîme." Ainsi en va-t-il du livre, toujours sur le fil, actionnant ses personnages que du Ciel Dieu ne distingue sans doute même pas. "Existions-nous pour la voûte céleste ?" » (extrait d’un article d’Alain Nicolas, L’Humanité, 1er avril 2004)

Ce roman a reçu le prix de l'APE, l'un des plus prestigieux au Portugal.

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