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Victoire et frustrations (1914-1929)

par Serge Berstein, Jean-Jacques Becker

( Livre )
Le Seuil
Collection Point-Histoire
2005, 455 p., 9.95 euros
Première édition : 1990
ISBN : 978-2020120692

« Les tensions internationales du début XXe siècle n’ont pas provoqué de grands changements dans l’opinion publique qui reste plutôt pacifique. L’attentat de Sarajevo en juin 1914 ne soulève pas une grande émotion en France : personne ne se doute que cet événement entraînerait un conflit. Pourtant, une fois connu l’ultimatum autrichien, la crise internationale s’enchaîne de façon mécanique. Surpris, les Français qui ne veulent pas cette guerre, se sentent attaqués et doivent donc se défendre. La mobilisation ne pose pas de difficultés particulières, de même que la mise en place du gouvernement de l’Union Sacrée.

Cependant, dès la fin de l’année 14, l’échec des plans militaires et de la guerre de mouvement met fin à l’illusion d’une guerre courte. Très vite se pose un problème : comment gouverner en guerre et respecter la démocratie sans compromettre la défense nationale ? La vie politique est instable et la guerre a fortement porté atteinte aux libertés publiques. Le passage d’une guerre courte à une guerre qui s’installait dans la durée et qui consommait une incroyable quantité de matériel, posa très rapidement des problèmes financiers, humains, une politique de financement à long terme n’était pas prévue.

La fin des combats pose à la France le problème de l’établissement de la paix. Malgré sa popularité, Clemenceau ne parvient pas à « gagner la paix ». Les difficultés à se mettre d’accord sur les Réparations seront pendant plus de 10 ans un des problèmes majeurs des relations internationales et une des causes de la désagrégation des traités de paix et maintiendront une vive opposition franco-allemande, nourrissant le nationalisme allemand et provoquant des divergences permanentes antre la France et ses Alliés. Les traces que le conflit a laissé dans la vie quotidienne ne permettent pas aux Français de l’oublier. La génération des Années vingt est traumatisée : la plupart des hommes qui gouvernent, qui font l’opinion, qui dirigent les entreprises, qui forment les cadres des forces politiques ou des syndicats ont connu plus ou moins l’horreur de la guerre.

Les élections de 1919 amènent le Bloc National (alliance du centre droit et de la droite) au pouvoir. Il ne parvient pas à faire respecter le Traité de Versailles (non ratifié par les Etats-Unis) et doit faire face à une crise des finances publiques. En 1924, Raymond Poincaré révèle l’ampleur du déficit budgétaire, il a recours aux emprunts et permet une reprise du franc. Mais le Bloc national déçoit les Français. Aux élections de 1924, le Cartel des gauches l’emporte. La France s’ouvre sur l’extérieur mais sur le plan intérieur, le spectre de la faillite entraîne une instabilité politique. De nouveau, à partir de 1926, un gouvernement d’union nationale se forme autour de Poincaré. Grâce à Briand, la réconciliation franco-allemande se poursuit. Le retrait de la vie politique de ces deux hommes marque la fin d’une époque.

Durant les années vingt, la France connaît une croissance économique même si ses finances sont en crise. La conjoncture mondiale est favorable et la politique de reconstruction a des effets stimulants. Calquées sur le modèle américain, de nouvelles structures économiques et sociales se mettent en place. Les entreprises puissantes se modernisent. Cependant, la France des années vingt est encore un pays rural et traditionnel. Toutefois, quelques changements sont à noter : le monde ouvrier est un groupe en expansion mais trop divers pour être influent. La ville devient un lieu de création culturelle.

Au sortir de la guerre, les Français aspirent à retrouver les conditions de vie de la Belle Epoque et effacer les séquelles de la guerre mais les mutations entraînées par le conflit sont irréversibles. Pour l’opinion publique, la France n’est plus une grande puissance et la politique d’apaisement avec l’Allemagne est un signe de faiblesse. La guerre fait naître un monde nouveau, les jeunes reprochent le massacre injustifiable et l’incapacité des gouvernements à réformer la France.

L’esprit des années vingt est un esprit modernisateur mais ces idées neuves sont oubliées à cause de la crise de 29 puis de la seconde guerre mondiale. » (A. Charlat, V.Cuvellier, C. Plessis., Le Beffroi)

 
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