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De Vienne et d'ailleurs

par Carl Schorske

( Livre )
Fayard
Langue d'origine : américain
Traduit par Sylvette Gleize
2000, 316 p., 24.39 euros

Collection : Histoire de la pensée - ISBN : 2213605734

Sous-titre : Figure culturelle de la modernité, recueil d'articles.

« Le passage à ce qu'il est convenu d'appeler la modernité, au tournant du XXe siècle, se caractérise d'abord, tant en Europe qu'aux États-Unis, par le sentiment qu'éprouvent les acteurs du changement et leurs critiques de tourner définitivement le dos au passé. Ainsi parle-t-on d'"architecture moderne", de "musique moderne", d'"art moderne", de "science moderne", comme si les créateurs de l'époque, confrontés à un monde irrémédiablement nouveau, avaient rompu les amarres avec la tradition, toutes les traditions. Il faut bien dire que le génie d'Adolf Loos (architecture), de Sigmund Freud (médecine), de Gustav Malher (musique) notamment, en faisant de Vienne le lieu par excellence de l'invention du monde moderne, n'est pas pour rien dans le succès de l'idée que la modernité c'est la rupture, et que, pour penser juste, il faut penser sans l'histoire. Or, cette approche, qui fut celle des contemporains de la Vienne fin de siècle, mais aussi du XXe siècle dans son ensemble, ne rend pas justice au XIXe qui, lui, se caractérise par le fait que les créateurs (tant en philosophie, en musique, en littérature, que dans le domaine des arts plastiques) pensèrent avec l'histoire. Car l'historicisme du XIXe siècle, ainsi que le montre Schorske, a, autant que le XXe sans doute, apporté sa pierre à l'édifice de la civilisation. C'est ainsi sous son empire que furent pensées la ville moderne, la fonction sociale de l'art, la liberté à l'ère des masses, etc. Telle est la thèse centrale du livre, qui aborde successivement l'apport de l'un et de l'autre siècle à l'œuvre de modernité (toujours à travers de grandes figures de la création et de la pensée), et qui, publié en un temps, le nôtre, où tout semble à nouveau conspirer contre le passé, nous invite, mine de rien, à faire la part des choses : à embrasser sans réserve, certes, les temps nouveaux, mais sans pour autant oublier que la tradition, pourvu qu'elle soit pleinement assumée, peut et doit contribuer à donner sa pleine puissance à la convulsive création. » (présentation de l'éditeur)

 
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