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Vision turque du monde à travers les cartes (Une)

par Étienne Copeaux

( Livre )
CNRS Éditions
janvier 2000, 240 p., 22.71 euros

ISBN : 2271057000

«  Depuis le XIXe siècle, la représentation du passé a trouvé dans la carte un support indispensable à sa visualisation. Loin d'être uniquement image, la carte, comme le texte, propose différents niveaux de lecture, diverses strates où se fixent idéologies et conceptions du monde.
Le travail ici présenté, portant sur les manuels scolaires turcs des années 1930 aux années 1990, est la première tentative d'analyse d'un corpus vaste et homogène de cartes historiques.
Étienne Copeaux, étudiant le discours cartographique sous tous ses aspects (sémiologie, champs représentés, échelles prédominantes, informations non graphiques) dévoile la construction d'un sentiment identitaire qui, au-delà de la dimension nationaliste, donne à voir une approche nouvelle de la notion de " vision du monde ". » (présentation de l'éditeur)

« J'ai trouvé stimulant de réfléchir sur un exemple non européen, car cela me permet de faire connaître une conception de l'histoire et du monde qui pour une fois n'est pas européocentrique : le centre, ici, n'est pas l'Europe développée du nord-ouest, ni même la Méditerranée, berceau des civilisations classiques, mais l'Asie intérieure, lieu d'origine et d'épanouissement des civilisations turques. Les cartes sont donc le support d'un vaste tour d'horizon qui mène le lecteur à travers toute l'Eurasie; il se rendra compte que la carte, instrument souvent présenté comme une représentation "objective" de la réalité, peut servir de vecteur au nationalisme ; il verra surtout que la vision de l'histoire qui lui a été léguée par sa propre éducation n'est pas la seule possible et que chacun, où qu'il soit, peut se considérer comme au centre du monde. » (Etienne Copeaux)

« En 1931, les kémalistes entreprirent une réfection des manuels d'histoire, qui, jusque là, relevaient de la tradition de l'annalistique ottomane. Ils y introduisirent la notion d'Anayurt, cette Asie centrale mythique, berceau des Turcs, avec la fameuse vallée de l'Orkhon. Pour décrire l'extraordinaire expansion ultérieure des peuples turcs, les géographes usèrent et abusèrent des termes d'"État" et d'"Empire" pour désigner des conglomérats de tribus nomades. De même, sur les cartes, ils recoururent systématiquement aux teintes plates et aux frontières strictement délimitées, projetant le concept d'État-nation dans un passé qui lui était radicalement étranger.

Une seconde période fut marquée par un essai de diversité culturelle "à l'occidentale", une troisième par un retour au kémalisme. Mais, à partir des années 1980, c'est une synthèse turco-islamique qui a prévalu. Il s'agit désormais de démontrer que la "turcité" s'est réalisée dans l'Islam. Byzance, les Grecs, les Arméniens sont éclipsés des atlas pour la plus grande gloire de l'Empire ottoman. Autre tendance nouvelle : au berceau mythique, succède un intérêt pour le monde turc réel, notamment pour l'Asie centrale ex-soviétique. » (deux extraits d'un article de Jean-Pierre et Thierry Sarmant, L'article complet

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