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La vue retrouvée

par Jaan Kross

( Livre )
Robert Laffont
Collection Pavillons
Langue d'origine : estonien
Traduit par Jean-Luc Moreau
1993, 296 p., 19.67 euros

ISBN : 2221072251

Sept nouvelles qui sont de l'ordre de « l'autobiographie élargie » qui ont pour toile de fond les événements dramatiques des années 1940.

Ecrits entre 1979 et 1983, ces récits font revivre trois décennies de l'histoire estonienne. Le premier épisode se déroule un matin de juin 1929; le dernier, un matin de septembre, à la fin des années cinquante. Les personnages, ouvriers, paysans, étudiants, artistes, médecins, enseignants, fonctionnaires, soldats, évoluent dans une Estonie qui est devenue, sous l'occupation allemande comme sous la tutelle soviétique, l'un des cercles de l'enfer. Le narrateur, Peeter Mirk, alter ego de l'écrivain, a vingt ans en 1940. Il est incarcéré par les Allemands en 1944, par les Russes en 1946. Son chemin est jonché des cadavres de ses proches : un camarade, une amie, des parents. Seule la fin du récit apporte l'espoir, quand, victime de cécité, le héros s'entend dire par un médecin : "Votre cas est compliqué. Il y a une chance sur deux pour que l'opération réussisse." À la fin des années cinquante, le diagnostic ne valait-il pas pour toute la nation estonienne, pour toute la société soviétique ? "Comment rester soi-même sous l'influence de l'envahisseur, d'une culture plus forte, d'un gouvernement autocratique ? En bref, comment peut-on être Estonien ? Jaan Kross, vigie nobélisable et mutinée d'un État qui ne se laisse plus faire, répondait, avec Le fou du tsar, qu'au risque de la folie, de la perte d'identité, le défi d'être Estonien était possible. Il déguisait ce brûlot sous l'aspect rassurant d'un roman historique, puisqu'il n'y a pas de meilleure méthode quand on veut être entendu que de prendre le recul de la fiction. » (Manuel Carcassone, Le Figaro)

« Dans le septième et dernier des récits, largement autobiographiques, qui composent la Vue retrouvée, Jaan Kross raconte simplement une conversation dans un tortillard entre Tartu et Talinn, à la fin des années 1950, une époque où l'on ne savait plus trop ce qu'on pouvait dire et ce qu'il valait mieux taire. Une vieille dame retrouve par hasard l'un des anciens élèves de son mari. Elle est sourde, elle parle très fort. Elle est pourvue d'un appareil auditif de fortune qui fonctionne comme il se met en panne, inexplicablement. Son jeune interlocuteur est gêné et voudrait l'entraîner vers des sujets anodins : il y a tant d'oreilles dans ce wagon. Mais la dame a envie de donner des nouvelles de son mari, un professeur progressiste chassé de son poste comme " rouge " et réduit à la misère lors de l'occupation allemande à cause d'une déclaration antérieure à la guerre, puis envoyé pour dix ans en Sibérie par les Soviétiques à cause de cette même déclaration, jugée cette fois contre-révolutionnaire. Le mari est enfin rentré des camps, mais il a perdu la vue. Est-ce un malheur, est-ce une bénédiction ? On vient en tout cas de l'opérer de sa cataracte. Il y a une chance sur deux pour que l'opération réussisse. La vieille dame se rend à l'hôpital de Tartu où on va enlever, le jour même, le pansement que l'ancien professeur a sur les yeux. Le récit s'achève ainsi, nous n'en saurons pas davantage. Cinquante pour cent d'espérance; Kross a écrit ce texte en 1982 alors que Brejnev venait de mourir à Moscou. On était encore en plein hiver de la liberté, mais l'écrivain, avant tout le monde, avait perçu la minuscule promesse d'un printemps. » (extrait d’un article de Pierre Lepape, Le Monde, 24 Décembre 1993)

Ce recueil a été publié en 1988 sous le titre Silmade avamise päev.

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