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Le Yémen, de l'Arabie heureuse à la guerre

par Laurent Bonnefoy

( Livre )
Fayard
2017, 348 p., 23 euros

ISBN : 978-2213687568

Le Yémen a longtemps fasciné bien des voyageurs, parfois illustres, d’Ibn Battuta à Arthur Rimbaud et André Malraux. Il apparaît comme l’incarnation d’une authenticité tant arabe que musulmane. Toutefois, bien que pris dans les soubresauts de l’histoire mondiale (colonisation, guerre froide et terrorisme) et occupant une place stratégique à la croisée des continents, il reste mal connu et perçu comme marginal et passif.

Patrie d’origine de la famille Ben Laden, lieu où l’attentat contre Charlie Hebdo a été commandité, le Yémen a émergé en tant que menace à la sécurité internationale dans le contexte de la guerre mondiale contre le terrorisme et a vu son image se détériorer. L’offensive armée saoudienne lancée en mars 2015 en a fait une victime directe de la lutte entre puissances régionales.
L’ambition de cet ouvrage est de dépasser ces perceptions catastrophistes et cette lecture purement sécuritaire pour s’intéresser aux modes d’intégration du Yémen dans les relations internationales. Il s’agit, à partir de figures et d’interactions spécifiques (du diplomate au terroriste en passant par le migrant et l’artiste), d’analyser la place qu’occupent cet État et cette société dans les enjeux contemporains.

Car le Yémen, loin d’être une marge, se trouve au cœur de processus fondamentaux qui ont trait aux flux transnationaux, aux mécanismes de domination et aux résistances qu’ils engendrent. Mieux le comprendre, c’est aussi mieux appréhender un Moyen-Orient et un monde en crise.

« La thèse de Laurent Bonnefoy est que, malgré son isolement apparent, malgré la négligence et la légèreté des puissances qui se sont penchées sur ce pays, la trajectoire du Yémen a joué – et joue encore – un rôle de paradigme dans les relations internationales.
Le Yémen est, en effet, un spécimen quasi-parfait des ratés de la guerre contre le terrorisme : comment le pouvoir a eu intérêt à agiter cette menace pour obtenir des subsides; comment les Etats-Unis ont baissé la garde en croyant avoir gagné au moment où leur relais local, le président Saleh, ruinait tous ces gains en lançant sa guerre contre les houthistes ; comment l’aide au développement n’a jamais été à la hauteur de celle militaire; comment la restructuration des forces de sécurité a lancé une lutte de tous contre tous ; comment le refus américain d’endosser les victimes civiles des frappes de drones a sapé la légitimité de leur propre allié...
La liste est interminable, mais le résultat imparable : Al-Qaida est plus puissant qu’il y a quinze ans. Cette histoire, qui court de 2001 à 2015, a été peu couverte, à l’exception de rares journalistes comme François-Xavier Trégan, qui a longtemps écrit dans ces colonnes.
Pour tous ces observateurs attentifs, dont fait évidemment partie Bonnefoy, l’échec de la révolution de 2011 et la guerre de 2015 n’ont pas été une surprise. Aujourd’hui, il faut donc lire Le Yémen - De l’Arabie heureuse à la guerre pour comprendre que, si la violence du monde a fini par frapper de plein fouet le Yémen avec la guerre de 2015, celui-ci ne saurait oublier le monde et se rappellera un jour à son bon souvenir, que ce soit par le terrorisme ou par un afflux de réfugiés. A commencer par l’Arabie saoudite, dont le Yémen, ce voisin en loques, risque de devenir le pire cauchemar. » (extrait d'un article de Christophe Ayad, Le Monde, janvier 2018)

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