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Athènes : urbanisme, culture et politique

par Georges Prévélakis

CRITIQUE
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« Professeur de géopolitique à l’Université Paris 1 Sorbonne, Georges Prévélakis nous avait déjà habitués à des ouvrages iconoclastes de qualité sur la Grèce et les Balkans. Esprit libre, il n’a jamais hésité à aller à contre-courant des idées reçues, voire de la pensée unique. Cette fois, il publie un nouvel essai brillant, en revenant à ses premières amours. En effet, l’homme est urbaniste et architecte de formation.

Contrairement à la plupart des habitants d’Athènes, l’auteur, Athénien d’origine, aime sa ville et finit par la faire aimer au détour de neuf chapitres, divisés en trois parties : la crise urbaine; centre et périphérie ; réinventer Athènes.
Qui aurait parié une drachme sur Athènes en 1832. C’était une bourgade habitée par quelques milliers de bergers albanophones, avec un ancien petit poste militaire ottoman sans aucune fonction géostratégique. À l’époque, le cœur de l’hellénisme battait à Constantinople, Smyrne, Salonique, voire Venise, Bucarest, Jasi, Trébizonde, ou encore Nauplie, Ermoupolis. Mais le nom antique d’Athènes a forcé sa destinée. La nouvelle Grèce indépendante avait besoin de repères antiques pour gommer les "souillures" ottomanes, arabes, franques, albanaises, slaves. Les ingénieurs bavarois ont créé et construit le style néo-classique qui façonne encore aujourd’hui le centre d’Athènes, comme le baron Haussmann à Paris, un peu plus tard. Jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, Athènes est restée une jolie petite capitale, avec un climat bon pour les asthmatiques et les tuberculeux. Après la guerre civile (1946-49), l’urbanisation illégale de la ville a permis un contrôle politique des nouveaux arrivants. Ces derniers venaient de la province et avaient été « contaminés » par l’idéologie progressiste des partisans communistes antifascistes.

Georges Prévélakis explique bien comment l’urbanisation a permis de contrôler cette population potentiellement dangereuse. Une fois assimilée, elle n’a plus voulu ou pu renverser le pouvoir. Bien au contraire, la dictature des colonels (1967-74) a accentué le phénomène de construction et d’enrichissement immobilier. Les Athéniens de souche ont quitté le centre-ville pour les banlieues plus aérées. C’est alors que les problèmes de transport sont devenus quasiment insolubles.
Arrivés au pouvoir en 1981, les socialistes ont annoncé qu’ils allaient décongestionner la ville et la rendre plus humaine. Mais d’après l’auteur ils n’ont rien fait, clientélisme urbain oblige. Les grands travaux, en grande partie financés par Bruxelles, ont pris du retard. Le nouveau métro date de 2000 et l’aéroport de Spata ne sera ouvert qu’en 2002. Bref, Athènes reste une pétaudière qui, d’après Georges Prévélakis, doit faire face à d’incessantes attaques de la périphérie qui veut détruire la capitale. Pourtant, cette confrontation n’est pas aussi simple et le couple centre-périphérie ne peut pas vivre l’un sans l’autre. L’auteur conclut sur le rôle régional que peut avoir cette mégalopole de quatre millions d’habitants, la ville la plus peuplée de la région appartenant à l’Union européenne. » (extrait d’un article de Christophe Chiclet, Confluence Méditerranée, 2001)



 
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