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Crimes de monsieur Kissinger (Les)

par Christopher Hitchens

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES
Henry Kissinger

« Secrétaire d’État, président du National Security Council, dirigeant du "Comité 40" (qui supervisait à Washington les opérations clandestines), homme de confiance des présidents Nixon et Ford, le "brillant" diplomate Henry Kissinger fut pendant une douzaine d’années (1965-1977) le maître de la politique étrangère made in USA. Une période de la Guerre froide, marquée notamment par le conflit du Vietnam et le développement en Amérique latine d’un mouvement social puissant et radicalisé par l’exemple cubain. Les méthodes expéditives employées par les USA sous le règne de Kissinger peuvent-elles se retourner juridiquement contre celui qui reçut le Prix Nobel de la paix en 1973, après avoir rapproché la Chine du camp occidental ? C’est en tous cas la thèse du journaliste britannique Christopher Hitchens. Basé sur les documents officiels déclassifiés, son réquisitoire Les Crimes de M. Kissinger accuse l’ancien bras droit de Nixon de "crime de guerre". Hitchens affirme notamment qu’Henry Kissinger aurait sciemment retardé la fin de la Guerre du Vietnam, afin de servir les visées présidentielles du camp républicain en 1968. Lorsque le conflit s’arrête en 1973, il a fait plus d’un demi-million de victimes supplémentaires.

Le livre d’Hitchens accorde également une large place au Chili, mais n’apporte pas vraiment d’éléments nouveaux. Son impact médiatique eut par contre le mérite de faire connaître ces fameux et effrayants documents déclassifiés. De l’enlèvement du général Schneider, financé et exécuté avec des armes "stériles" (d’origine secrète) fournies par les États-Unis, à la solidarité totale du Gouvernement US lors du coup d’État de 1973 ("our D-Day", "Chile’s coup de etat was close to perfect"), le cynisme d’une administration étasunienne dominée par Kissinger éclate au grand jour.

En outre, à en croire ces archives, les USA restèrent en contact constant avec les services chiliens durant les années de terreur du règne Pinochet. Un document du FBI (6 juin 1975), à l’entête de l’ambassade US à Santiago, montre, par exemple, un échange d’informations entre Etasuniens et Chiliens à propos de trois opposants réfugiés aux USA. Les noms ont été fournis, par Jorge Isaac Fuentes, "après interrogatoires". En réalité, selon la "Commission vérité et réconciliation", ce militant du MIR (gauche révolutionnaire) avait été arrêté et torturé au Paraguay, avant d’être extradé vers le Chili et de "disparaître". Dans les documents déclassifiés, la première mention de l’"opération Condor", qui coûta très certainement la vie à Alexei Jaccard, n’intervient qu’en 1976. Reste que, selon Hitchens, la création de ce réseau latino-américain de renseignement et de liquidation des militants marxistes aurait été "encouragée" par les USA. Une version accréditée par Pierre Abramovici, dans une enquête parue dans Le Monde diplomatique de mai 20014. Le journaliste y démontre, entre autres, l’influence essentielle des Etats-Unis, dès 1960, dans la création et le fonctionnement de la "Conférence des armées américaines", précurseur du réseau Condor. » (Benito Perez, extrait du Courrier de Genève, 22 septembre 2001)

Le Plan Condor

« On l’a appelé le Plan Condor ! Une internationale de la terreur ! La collaboration secrète entre les polices de plusieurs pays d’Amérique du Sud pour mieux traquer opposants et dissidents…
Ce pacte aurait été conclu en 1975. Mais, nous l’avons vu avec Monsieur X, la semaine passée, c’est dès 1960 que s’ébauche cette internationale des pays du Cône sud de l’Amérique sous l’égide des services secrets américains… Washington craint en effet que la vague révolutionnaire née de la victoire de Fidel Castro à Cuba ne déferle sur tout le continent. Le premier, le président Eisenhower, crée un organisme, l’Office de Sécurité publique, chargé de former et instruire les polices latino-américaines afin de mieux lutter contre la subversion. Il s’agit alors, selon Monsieur X, d’implanter un véritable réseau contre-révolutionnaire, un peu à l’image de l’organisation anticommuniste Gladio créée en Europe après la deuxième guerre mondiale.
Les spécialistes américains vont s’inspirer des méthodes coercitives utilisées par les militaires français en Indochine et surtout en Algérie, en particulier lors de la Bataille d’Alger. Mieux, des officiers français, appartenant souvent à nos services spéciaux, sont envoyés aux Etats-Unis ou en Argentine où ils enseignent les théories de la guerre psychologique et anti-subversive. Des missions qui ont naturellement reçu l’aval de Paris. Parmi ces instructeurs très particuliers, un certain Aussaresses qui fera parler de lui beaucoup plus tard.

Les leçons des Français portent leurs terribles fruits… La pratique de la torture se généralise dans les commissariats sud-américains ou les casernes. Et des escadrons de la mort traquent les opposants. Parfois, les agents de la CIA mettent eux-mêmes la main à la pâte. C’est le cas d’un certain Dan Mitrione, l’homme dont l’histoire a inspiré le cinéaste Costa-Gavras dans "État de siège". En 1970, Mitrione, officiellement fonctionnaire d’une organisation humanitaire, est enlevé par des révolutionnaires uruguayens, les Tupamaros, qui réclament la libération de 150 d’entre eux. Mais le gouvernement est fermement invité par Washington à ne pas céder aux exigences des révolutionnaires. Cinq jours plus tard, Mitrione est exécuté. Pour Mon-sieur X, il ne fait nul doute qu’on s’est ainsi débarrassé d’un homme dont les méthodes brutales, dénoncées par des parlementaires uruguayens, risquaient de faire scandale un jour ou l’autre. Ce qui n’empêchera pas les Américains de célébrer Mitrione comme un héros du monde libre.

Et peu d’années après, en 1975, le Plan Condor va institutionnaliser la terreur dans les six pays du Cône sud… Là aussi, les services secrets américains ne resteront pas inertes ! » (extrait du site de France Inter)

Sur la Toile

Quand Pinochet tuait hors du Chili : l’opération Condor (par Michel Faure, L’Express 30 septembre 1999)






 
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