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Art mamelouk : splendeur et magie des sultans

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« D'esclaves à sultans, l'histoire des Mamelouks est celle d'une prodigieuse montée en puissance, doublée d'une épopée digne des plus excitants romans d'aventure. Révolutions de palais, intrigues sanglantes, assassinats - mais organisation visionnaire, discipline de fer, campagnes héroïques, volontés farouches, finesse politique et diplomatique, expansion commerciale…

Mal connue jusqu'à des dates récentes, l'époque mamelouke est sans doute la plus insolite de l'Égypte musulmane, celle aussi qui aura conduit la suprématie islamique en Méditerranée à des niveaux de faste et de prestige jamais atteints jusque-là, et jamais égalés depuis. Il est d'ailleurs assez piquant de se rappeler que ce formidable boom est l'œuvre non de dynastes ou d'héritiers, mais de bataillons de basse extraction - de surcroît d'origine non musulmane pour la plupart… Ces mercenaires ou esclaves issus de rangs turcs, circassiens, byzantins ou mongols seront pourtant les plus vaillants défenseurs de l'islam contre les pressions mongoles et les attaques des Croisés. Et les artisans, sur la longue durée, d'une stabilité politique et économique de premier ordre.

Surtout, ils vont donner à l'aventure de l'art islamique ses pages les plus somptueuses. Obsédés par un impérieux besoin d'asseoir leur domination politique, les sultans mamelouks utiliseront l'architecture comme une arme de légitimation du pouvoir : une démonstration de force. On ne s'étonne plus dès lors du caractère monumental des innombrables édifices religieux ou civils - palais, mosquées, madrasas, mausolées, hôpitaux, grands complexes multifonctionnels, ouvrages d'art - dont ils vont couvrir leurs capitales successives, et surtout la ville du Caire.

On voit donc que la visite la plus éclairée ne saurait faire l'économie de l'exceptionnelle dynamique sociale et culturelle, passionnante à découvrir, qui a généré des chefs-d'œuvre impressionnants de grandeur et d'originalité maîtrisées : des options radicales qui pourraient évoquer certains canons de l'esthétique moderne.

De ce point de vue, le catalogue mis au point par les concepteurs de l'exposition Musée Sans Frontières est une aubaine. Exploitant pour la première fois la totalité des sources disponibles, il est la véritable épine dorsale de l'entreprise : une vision stimulante et inédite sur trois siècles conquérants et festifs, érudits et inventifs. Où l'on voit s'animer les grandioses cérémonies organisées à l'occasion de l'intronisation d'un nouveau sultan ou du début du ramadan. Où les collèges coraniques se peuplent d'étudiants et de soufis attirés de tous les horizons musulmans par la stabilité de l'État.

Pour assurer l'entretien des mosquées et des madrasas qui se bâtissent à un rythme effréné, la constitution de biens de mainmorte s'impose, mais n'hypothèque pas l'abondement d'établissements de bienfaisance destinés à assurer le bien-être de la population et des voyageurs.

Strates sociales et minorités religieuses sortent de l'anonymat par notre connaissance du costume ou des jeux. Grands sportifs, adeptes de la vigueur et de l'endurance, les Mamelouks manifestent aussi une prédilection appuyée pour la chasse, qui donne lieu à toutes sortes de divertissements; musiciens et bouffons distraient le sultan et sa cour, et l'on se réjouit que manuscrits, décors gravés et enluminures aient conservé la trace de cet art de vivre aussi brillant qu'organisé, qui se lit en majesté dans le patrimoine monumental éclairé par l'exposition. On appréciera aussi que le catalogue s'attache à révéler - fait rarissime - les traits structurels et décoratifs qui distinguent les œuvres mameloukes des différentes dynasties à l'intérieur des deux groupes qui ont conduit le régime. Les Bahrides (1250-1381), originaires des steppes turques, qui doivent leur nom à l'île du fleuve (bahr), où les gouverneurs ayyoubides les installèrent à leur arrivée. Et les Burguides circassiens (1382-1517), ainsi appelés parce que ce corps de garde créé par le sultan al-Mansour Qalawun fut logé dans les tours (burg) de la Citadelle du Caire.

Expatriés des régions orientales, les Mamelouks vont donc imprimer aux traditions classiques et méditerranéennes de leur terre d'adoption la forte marque de leurs pays d'origine. Ainsi s'introduisent en Égypte les madrasas cruciformes à quatre iwans ou les hauts portails à encadrement rectangulaire directement empruntés à l'art seldjoukide d'Anatolie, mais aussi nombre d'éléments apportés par les immigrants venus d'Iran, d'Irak ou de Syrie. Ou encore les pratiques observées chez les peuples avec lesquels l'Égypte commerçait - y compris la lointaine Chine, sans doute par l'intermédiaire de l'Iran.

Le résultat de ces diverses compénétrations culmine dans une synthèse harmonieuse et parfaitement maîtrisée : une réussite majeure, où la puissance du superbe appareil de pierre se voit animée de mille coupoles et niches à stalactites, tandis que la monumentalité des volumes s'humanise d'une virtuosité décorative sans précédent - une créativité qui s'exerce aussi dans tous les registres des arts mineurs, et qui justifie encore pleinement l'enthousiasme du grand Ibn Khaldoun : "Le Caire est la capitale du monde, le jardin de l'univers, l'assemblée des nations, le commencement de la terre, l'origine de l'homme, l'iwan de l'Islam et le trône du royaume." » (extrait du site Musée sans frontière)

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