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Les Papes, Hitler, et la Shoah

par Marc-André Charguéraud

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES
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- Pourquoi alors le pape s'est-il tu ? (Le temps)

« En fait, il ne s'agit que de demi-silences. Pie XII est intervenu à plusieurs reprises et ses déclarations ont été parfaitement bien comprises par les acteurs de l'époque. Le pape craignait d'une part un renforcement des mesures de répression contre les catholiques allemands et, d'autre part, ses moyens d'expression étaient limités. Les émissions de Radio Vatican ont été brouillées à partir de 1941. La distribution de l'organe de presse du Vatican, L'Osservatore romano, était contrôlée par les fascistes. Et les courriers envoyés aux évêques étaient surveillés. Ses discours étaient par ailleurs déformés par les belligérants qui en faisaient des instruments de propagande. De plus, Pie XII, comme nombre de ses contemporains, a sous-estimé l'ampleur de la Shoah. Il savait que des centaines de milliers de juifs étaient exterminés, mais, comme pour les autres témoins, cela paraissait une histoire incroyable. [D'ailleurs, elle l'est toujours...]

- Mais les appels pour que le pape dénonce les crimes des nazis ont été nombreux. Ils venaient tant du monde catholique que du côté juif. D'autre part, les Allemands redoutaient les prises de position du pape. Pie XII savait donc que sa parole pouvait être une arme importante... (Le Temps)

Je n'en suis pas certain. Comme tout le monde, le pape avait tendance à surestimer les réactions de Hitler. Il y avait des limites à ne pas dépasser. Et le fait de condamner publiquement les massacres n'aurait pas mis un terme aux atrocités nazies. Un dictateur comme Hitler n'était pas sensible à des condamnations morales. Ceux qui prétendent que le pape aurait pu faire cesser le génocide par sa simple parole ont tort. » (extrait d'un entretien avec Marc-André Charguéraud, Le Temps, 27 février 2002)



 
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