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Les racines intellectuelles du mouvement d'indépendance de l'Inde (1893-1918)

par Prithwindra Mukherjee

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

« La thèse de Mukherjee consiste à rappeler que, trop souvent réduit à Gandhi et à sa stratégie de non-violence, le mouvement d’indépendance indienne est réellement né au XIXe siècle avec les grands penseurs de la renaissance bengalie qui ont posé les bases intellectuelles et culturelles du nationalisme indien. Comme l’écrit le préfacier qui n’est autre que Jacques Attali, "ce livre est donc essentiel pour comprendre ce qu’est l’Inde d’aujourd’hui, dans sa violence même, et pour remettre à leur place, la première, tous ceux qui combattirent avec eux, parfois jusqu’à la mort, pour que l’Inde prenne conscience d’elle-même".

D’inspiration universitaire, cette étude était au départ une thèse de doctorat soutenue à l’université Paris IV (Sorbonne) en 1986. Mukherjee avait commencé cette thèse sous la direction de Raymond Aron. Celui-ci s’était intéressé à l’histoire moderne indienne et avait qualifié la recherche de son protégé de quête pour le « maillon manquant » entre les grandes révolutions occidentales et le mouvement gandhien de non-violence qui a débouché en 1947 à l’indépendance du sous-continent.

Pour Mukherjee, ce « maillon manquant » est à chercher dans les vingt-cinq années qui ont précédé le retour de Gandhi en Inde en 1915. Il qualifie ce quart de siècle de « période intense et créative » caractérisée par un foisonnement d’idées souvent radicales et extrémistes dont l’origine se trouvait d’une part dans la Révolution française de 1789 et dans la pensée religieuse millénaire propre à l’Inde. Les penseurs de cette période ont pour nom Tilak, Lala Lajpat Rai ou Sri Aurobindo. Proche des idéaux de la Révolution française, ces derniers avaient très tôt senti, écrit Mukherjee, « la nécessité impérieuse de devoir passer aux actes sanglants afin d’alerter la conscience populaire et d’avertir le gouvernement que l’heure d’un règlement de compte avait sonné ». Les actes sanglants ont d’ailleurs eu lieu et ils ont contribué à leur façon à l’émancipation nationale. Cette phase pré-gandhienne de l’indépendance où la violence n’était pas absente, a été complètement gommée par les historiens gandhiens qui ont fait de la résistance passive et non-violente « l’alpha et l’oméga » de la lutte anticoloniale indienne.

Pour l’essayiste, Gandhi a pris le train de la résistance anticoloniale en marche. Il était l’héritier de toute une réflexion nationaliste commencée au XIXe siècle à la faveur de ce que les historiens appellent la renaissance bengalie. Cette résurgence spirituelle de l’Inde était le produit de la rencontre des idées modernes venues de l’Occident (rappelons que Calcutta était la capitale de l’Empire des Indes jusqu’à 1912) et la prise de conscience par la bourgeoisie bengalie de la valeur et la grandeur de leur héritage culturel millénaire. Il n’est donc pas étonnant que le livre de Mukherjee s’ouvre sur les grands esprits indiens tels que Rammohun Roy, Swami Vivekananda, Bankim Chandra Chatterjee, Vidyasagar, ou Rabindranath Tagore qui ont incarné les idéaux universels de progrès, de liberté et de dignité nationale imposés par la renaissance bengalie. Comment ces idéaux se sont ensuite transmis aux générations suivantes (celle des Gandhi et des Nehru), tel est le projet de ce beau livre incontournable pour la connaissance de l’Inde moderne. » (extrait d'un article de Tirthankar Chanda, RFI, 2012)



 
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