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Istanbul, les derniers artisans

par Guillaume Damien, Jean-Michel Belorgey

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

Ara Güler, en contrepoint des splendides vues qu'il a données d'Istanbul en gloire, dans la lumière de l'aube ou du couchant, sous la pluie ou la neige, a, dans les années cinquante, porté sur cette vie industrieuse et précaire un regard tout à la fois tendre, inquisiteur et inquiet. Il n'en n'a pas donné à voir tous les aspects. Innombrables sont en effet aux quatre coins de la ville les gites où se tapit dans l'ombre une population de forgerons, de ferblantiers, de dinandiers, de corroyeurs, de bourreliers, de cordonniers, de tisserands, de luthiers, de menuisiers, de mécaniciens et de réparateurs de matériel en tout genre, de commerçants ambulants aussi, et de mendiants. Et cette population n'est pas homogène.

On ne s'y trompe que si on n'est pas assez attentif aux caractéristiques qui permettent de distinguer ses différentes composantes : migrants ruraux de fraiche date, artisans ayant connu une meilleure fortune, mais marginalisés par la concurrence d'entreprises plus modernes, sous-traitants et/ou travailleurs à domicile, petits entrepreneurs débutants auxquels il n'est pas interdit d'espérer des jours meilleurs, en territoire turc ou à l'étranger. Cette diversité de peuplement des bas-quartiers, qu'il ne faut pas confondre avec les bas-fonds, n'est pas propre à Istanbul. On peut observer la même dans plusieurs grandes ou moins grandes villes d'Anatolie, à Ankara, le vieil Ankara, en particulier au voisinage de la citadelle, à Izmir, à Safranbolu; de même en Syrie, à Damas, Alep ; au Caire bien sûr; à Bagdad ; en Iran, à Téhéran, Ispahan; en Afghanistan, à Kaboul, Herat ; en Inde encore et dans toutes les villes du Maghreb et du Moyen-Orient, d'Asie, et d'Amérique qui connaissent à un degré variable les mêmes bouleversements économiques.



 
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